lundi 1 juin 2009

Lettre 16

Marc_mini

Géraldine Bouvier
Éditions Dès demain – Paris 6ème                            

 

Paris, ce lundi 1er juin 2009

Mon beau tigre,

Ah ! me voilà Ariane, boutonnant, déboutonnant puis encore reboutonnant  le haut de mon chemisier, ajoutant ici une fragrance de jasmin, là une touche de cèdre de l'Atlas, agençant derechef le somptueux bouquet d'arômes et de coquelicots qu'élégamment vous m'avez fait livrer, déplissant la nappe et les napperons alentour, ajustant le tombé de ma robe en crêpe de Chine, brûlant de l'encens et aérant la maison par intermittence, piétinant, quoi, trépignant de l'impatience de vous retrouver. Notre dernière soirée fut si belle ! Vous faites tomber toutes mes préventions, tous mes doutes, toutes mes angoisses, et vous êtes si doux. Je me fais, peu à peu, à votre mystère, à votre manière d'être absent, à vos langueurs et à vos irritations. Vous êtes, certes, un écrivain, un suceur de sang cynique, un cannibale, un enfoiré de bel égocentrique !, pourtant rien ne me dissuadera jamais de vous aimer... Voyez dans quel état je suis ! Fofolle, je m'exalte ! Mon corps a retrouvé un peu de cette sensibilité que je n'avais plus éprouvée depuis mes vingts ans ; il a de ces frissons que je ne croyais plus diable possibles ; pardon, vous êtes si... excitant... !

Je suis là, pauvre cruche, à m'exciter les sens, avec deux heures d'avance sur notre dîner. Et comme toujours vous serez en retard, et comme toujours je bouillirai d'inquiétude, et comme toujours vous me désarmerez d'un regard, et je vous laisserai m'attraper par la taille et m'embrasser dans le cou. Je vous résiste si peu, j'ai honte.

Il y a quelque chose d'humiliant à être une femme, vous savez. Oh oui, je sais que vous le savez... Vous en jouez, d'ailleurs, parfois un peu plus que vous ne le devriez. Ce n'est pas méchant, je sais bien, mais certaines taquineries nous laissent pantoises ; quelque chose d'assuré et de souverain chez les hommes nous désarment, nous autres, et c'en est parfois effrayant. Nous sommes ainsi faites qu'aucun mouvement d'émancipation ne suffira jamais à nous donner ce beau rôle que vous tenez, vous, d'office, d'emblée, avec cette sorte de sauvagerie originelle que nous vous envions, à bien des égards. C'est votre force, votre pouvoir. Mais gare, petit félin, nous avons le nôtre aussi ! et je sais, je crois que je sais vous tenir...

Bon, mine de rien le temps passe ! et c'est heureux ! Vous serez là dans vingt minutes : je suis prête.

A jamais - Géraldine

Posté par Les 7 mains à 09:00:00 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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Commentaires sur Lettre 16

    C'est un roman épistolaire d'anticipation, non?

    Posté par Stéphane Prat, lundi 1 juin 2009 à 09:47:32 | | Répondre
  • Non mais...

    ...bouquet d'arums, non? elle y connait vraiment rien la Bouvier....elle a d'ailleurs un patronyme qui fleure la pomme de terre....OUI! je suis de mauvaise humeur.....aujourd'hui mon tableau " le diable et une femme) est dégueulasse et je suis crevée...je reviens plus tard....

    Posté par aglaé, lundi 1 juin 2009 à 16:22:12 | | Répondre
  • Mon Blog à Miettes est ouvert!
    C'est comme un bar à vins mais avec des miettes...c'est simple...


    http://aglamiettes.canalblog.com/

    Posté par aglaé, lundi 1 juin 2009 à 16:25:26 | | Répondre
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