jeudi 25 juin 2009

Où il sera question des vertus laxatives de la contemplation...

Stephane_mini
Q
uand je songe à tout ce temps que je perds à écrire, moi qui suis intimement persuadé qu’il n’y a pas de plus bête moyen de gâcher son temps ; ce temps que l’on pourrait passer à contempler la nature, à s’enivrer du parfum des fleurs, du chant de la pluie qui claque sur le bitume, des crépitements arrogants et mélodieux du minuscule troglodyte à la cime du cerisier...

Mais tout le tragique est là : le contemplatif ne sait pas se taire. Cela peut faire notre bonheur (quand il s’agit de type comme Thoreau ou Powys ou, plus proche de nous, Christian Bobin - que je ne peux pas m'empêcher d'admirer malgré sa désespérante bondieuserie), mais aussi notre plus grande peine quand il s’agit d’un simple quidam comme moi qui n’a même pas l’excuse d’être génial.

D’où vient ce besoin de retraduire en mots des sensations qui auraient dû se suffire à elles-mêmes ? Pour le plaisir de revivre, voire de transcender, le bonheur des heures perdues ? Pour pouvoir partager avec autrui la plénitude de nos émotions ?... Peut-être, mais je me méfie de telles explications trop idéalement romantiques. On accorde beaucoup trop de crédit aux artistes en général et aux écrivains et autres poètes en particulier : ce ne sont que de pauvres types qui, dans leur grande majorité, ne créent pas parce qu’ils ont quelque chose à dire, mais parce qu’il ne savent pas fermer leurs gueules ! Ce sont des gamins qui ont peur du noir et qui se racontent des histoires à voix haute pour se donner du courage. Ils ne supportent pas le vide. Ils ne supportent pas l’idée que le temps passe et que ce qui est fait est fait, que ce qui est révolu est révolu, irrémédiablement. Non, il faut toujours qu’ils reviennent en arrière, qu’ils répètent invariablement les mêmes gestes, qu’ils reproduisent toujours les mêmes émotions, les mêmes sensations pour se rassurer, histoire de vérifier qu’ils sont encore vivants.

L’artiste est un triste sire qui crée parce qu’il est infoutu de vivre. Ce n’est pas condamnable en soi. Ce qui l’est c’est de vouloir faire croire aux autres que cette incapacité à vivre n’est pas la marque d’un handicap, d’une pathologie mais au contraire un signe de génie, de supériorité et de noblesse.

L’artiste est un être vil et lâche, qui corrompt tout ce qu’il touche comme l’écrivait très explicitement Ologue le Cynique (qui comme son nom ne l’indique pas était un collaborateur du journal L’anarchie dans les années 1900) : « De même que nous absorbons des aliments sains et appétissants et que nous en expulsons le superflu après quelques opérations chimiques, de même nous nous emplissons le cœur de la splendeur du monde et nous excrémentons cette splendeur sous forme d’œuvre d’art. »

CQFD !

7_vert

Et je profite de cette ultime note pour dire un grand merci à celles et ceux qui ont eu la gentillesse de nous lire tout au long de ces dernières semaines. A bientôt pour de nouvelles aventures !

Posté par Les 7 mains à 09:00:00 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
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Commentaires sur Où il sera question des vertus laxatives de la contemplation...

    snif!...

    On pourrait demander: pourquoi tant de haine? Mais, connaissant l'oiseau, sachant lire un peu entre les lignes, je ne prendrai pas ce message contre moi, ce qui serait très outrecuidant, tout à fait dans le plan et n'aurait aucune utilité.... Pour autant, je ne saisis pas tout à fait l'opposition entre la contemplation et l'écriture.. Deleuze évoque Kant en ces termes, d'ailleurs, dans sons abécédaire.. Les manies de Kant, de tous les autres philosophes, leur vie répétitive à outrance, leurs habitudes, ce n'est rien d'autre que de la contemplation...
    En tous cas mes jeudis vont changer... Je n'aurai plus à ma disposition la sale manie de venir te lire et je ... Snifff!...

    Posté par pépé, jeudi 25 juin 2009 à 10:18:24 | | Répondre
  • Merci !

    Posté par SB, jeudi 25 juin 2009 à 10:52:43 | | Répondre
  • On n'écrit pas parce que l'on a quelque chose à dire disait Gaétan Picon mais parce que l'on a quelque chose à faire. Et le faire est le propre de l'homme et sa noblesse. La nuit succède au jour, la contemplation à la création et réciproquement, il y a temps pour tout : la vie est riche !

    Posté par labelou, jeudi 25 juin 2009 à 23:00:09 | | Répondre
  • Et comme le disait Bourvil : le dire c'est bien, mais le "fer" c'est mieux !... (Et faire référence à l'eau ferrugineuse quand on répond à une citation d'un gars qui s'appelle "Picon", on peut difficilement mieux "faire", non ? En tout cas, j'avais envie de le "dire"...)

    Posté par SB, vendredi 26 juin 2009 à 08:22:56 | | Répondre
  • "ce ne sont que de pauvres types qui, dans leur grande majorité, ne créent pas parce qu’ils ont quelque chose à dire, mais parce qu’il ne savent pas fermer leurs gueules ! "

    Je me demande, finalement, si ce n'est pas encore là la meilleure définition de l'écrivain que j'aie pu lire.

    Pourquoi écrire plutôt que vivre, tout simplement?

    Posté par Feuilly, vendredi 26 juin 2009 à 10:43:47 | | Répondre
  • Et c'est amusant de voir comment ce petit coup de gueule qui est le mien ici rejoint le votre sur votre blog (21 juin) ou celui de Bertrand sur son blog (19 juin je crois)...

    Comme quoi les problèmes les plus basiques et les moins originaux ne sont pas pour autant les plus simple à résoudre...

    Posté par SB, vendredi 26 juin 2009 à 12:00:58 | | Répondre
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