dimanche 21 juin 2009

Virage, 10

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E
ric s’est levé tôt ce matin. Tout le monde dort encore. Les travaux de force se font toujours le matin, à la fraiche, s’était-il dit la veille en s’endormant. Camille et lui avaient discuté longuement, de leur couple bien sûr, de la vie en général, de ce qu’ils ne savaient pas l’un de l’autre malgré toutes les années partagées. Camille lui avait raconté encore une fois l’épisode de ses dix-huit ans et l’affection de son père après la mort de l’oncle. Eric s’était dit un instant qu’il pouvait lui dire la vérité, et puis finalement non.

Il n’est pas sept heures quand il commence à couper les longues feuilles du plumeau. Il progresse doucement dans la masse de verdure. Il se blesse parfois légèrement sur les bords coupant du feuillage, s’abîme les mains en tentant d’arracher les tiges mortes mais chargées d’humidité. Il n’a pas trouvé de gants de jardinage dans l’atelier du père de Camille mais il s’est mis au travail sans attendre ; il veut faire une surprise à sa femme et à sa belle-mère.

Camille pénètre dans la cuisine. Elle est encore engourdie de sommeil. Elle prépare du thé, se dirige vers la fenêtre en attendant que l’infusion se fasse. Elle aperçoit Eric penché dans le plumeau. Elle sourit. Lui qui n’est pas capable de planter un clou sans se taper sur les doigts, se dit-elle, le voilà qui s’attaque à des travaux d’homme. Elle le voit qui se redresse, il tire avec difficulté un objet qui semble coincé dans les feuillages.

Quand Eric ouvre la porte, Camille est en train de se servir une tasse de thé. Elle n’a pas vu arriver son mari. Il transpire malgré la fraîcheur matinale. Il est couvert de débris de feuilles et de poussière. Planté sur le seuil, il regarde Camille. Le monde semble s’être écroulé sur ses épaules. Avec difficulté, il lui dit qu’il faut qu’ils parlent. Il doit prendre le risque de lui révéler toute l’histoire. Dans ses mains, il tient une vieille roue pleine de terre, au pneu dégonflé.

FIN

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Posté par Les 7 mains à 09:00:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires sur Virage, 10

    Il n'est pas sept heures quand il commence à couper...". Ce plumeau, que la belle-mère trouvait trop gros, m'avait fait rire à l'épisode précédent. L'intuition, à cette phrase aujourd'hui, de ce qu'il allait y trouver.
    Pas mal, Jean-Claude, pas mal.
    A dimanche prochain pour la clôture.

    Posté par michèle pambrun, dimanche 21 juin 2009 à 10:34:22 | | Répondre
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