samedi 16 mai 2009

Jour 16

Claire_mini
J
e recherche Sophie. Marie-Sophie. J’ai besoin qu’elle vienne vivre avec moi. Qu’elle m’accorde tout son temps. Qu’elle m’accorde tout son nom. Qu’elle m’accorde tout d’elle. De là à là. Qu’elle s’accorde à moi comme une ombre. Comme si sa vie n’était plus la sienne. Et que chacune de ses parcelles corporelles, amiesques, rhododendronesses était mienne. Comme si toujours était toujours. Comme si j’étais aspergée par sa salive, sa sueur, ses gouttes d’urée. Je recherche Sophie. Marie-Sophie. J’ai besoin qu’elle vienne vivre en moi. Vous la croisez tous les matins ? Allez. Donnez-la moi. Arrêtez votre plaisanterie. Je vais pleurer. Attention. Je vais pleurer. Je pleure. Ça y est. Ne me dites pas que. Ne me dites pas que Sophie. Que Marie-Sophie. C’est moi. Ne me dites pas ça. Arrêtez.

7_vert

Posté par Les 7 mains à 09:00:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , ,


Commentaires sur Jour 16

    Je cherche....

    Claire, c'est déjà un prénom riche de sens....une Claire cherche sans doute dans sa vie des situations limpides, des styles propres, une morale sans bavures....et cette Claire cherche de toutes ses forces, à faire sienne, une Sophie...mais une Sophie n'est-ce pas une sagesse? et une Marie, un emblème de douceur, de pureté, d'amour des autres??? je ne sais pas....je disais ça comme ça... Claire est en quête, de toutes ses forces, de perfectionnement spirituel...non, je ne sais pas...

    Posté par aglaé, samedi 16 mai 2009 à 17:23:33 | | Répondre
  • Moi aussi ... Je cherche ....

    Voilà, je remets tout ça dans l'ordre de parution et je recommence encore une fois la lecture. J'en sais les 5 du début par coeur, maintenant faut que je rattrape mon retard, ma petite Valériane est triste le dimanche au petit déjeuner quand je n'annonce plus ma surprise sans queue ni tête mais pas vraiment ... bon je m'y mets, et je vous ferai part de mon avancement de comprend qui peut ... à plus les inches.

    Narval le studieux.

    JOUR 21

    Ça fait mouche : la raie se décentre au moment même à heure soudaine. Aujourd’hui, la raie n’est pas là où on l’attend. La raie n’est pas ce que l’on croit. Et si elle n’est pas au centre, imaginez donc deux fesses. Quelle force s’en dégagerait ? À quoi servirait-elle ? À qui servirait-elle tout court ? Ce sillon tortueux pourrait donner l’illusion d’un slalom magistral mais cette ligne si allongée si furtive en définitive se contente essentiellement d’aiguillonner le bord de chaque gouffre. Alors à bon entendeur, bordez votre raie, boudinez-la, balancez-la et levez la rame.


    JOUR 28

    À ce jour à heure dite, le rail d’Ouessant fait dans l’à-peu-près. Il charrie quand même. Il se fait une idée assez haute de la super-mini-barquette remplie d’un bout ovale de chocolat-noisette qui pourrait, d’après lui, faire la conquête d’un monde inter-rail. Il s’en tire avec des vents contraires des vents conviviaux des vents condamnés des vents contaminés pour faire dérailler la super-mini-barquette remplie d’un bout ovale de chocolat-noisette. Il ne raille pas tant que ça l’ordre établi. Plutôt d’un fond monorail très quintal. Méfiez-vous.


    JOUR 7

    Ras-le-bol. La lumière en ré d’hiver traverse route et visage ombre et casserole vache et cacahuète. Ce rai de lumière se superpose à tout pouvoir. Il vit trop-plein trop-plein-de-soupe. Il est issu d’une force vertigineuse qui remplacerait la ligne du centre. Il rétablit. Il baille. Il crie. Il tape à l’œil. Le rai de lumière tape sur sa propre dent, il s’autoprojette, il se reflète, il se replète. Il s’aime ce rai qui bagarre un peu simplement un peu. Fébrile tapageur. Ce rai-la do ré se domine. Gagné par une émotion matinale, il offre à la jeune fille l’horizon commun du lampadaire.


    JOUR 14

    Saperlipopette. La jeune fille a peur. La jeune fille a peur de sa rencontre de l’aujourd’hui. Jamais de celle d’hier ni de celle du lendemain. Elle n’a pas le temps d’un long temps. Elle vit, comme une petite mouche, simplement trois jours trois jours pleins à la fois pas assez à la fois assez suffisant. À la lumière du lampadaire. La jeune fille longe pendant ce trois temps la fameuse ligne du centre. Acéphalée face au lointain masculin, elle regarde ébahie ce marque page (sic) poli imberbe tiré à quatre coins. Cette page marquée de la jeune fille - qu’est la jeune fille - se stoppe à la quarantième ligne au troisième mot avant le point-virgule et surtout au six cent vingt-cinquième signe.


    JOUR 21B

    Bis repetita dit la jeune fille. « J’en suis au six cent vingt-huit millième signe ; j’en vois partout ; je cherche à comprendre tout ce que je vois tout ce que je lis tout ce que j’entends ; je décrypte ; je carosse ; je décrotte ; je pompe ; je suis en quête en quête en quête ; je débraguette l’Anatolie. Les quatre coins de l’océan m’étouffent et me coiffent. Je ne veux pas être coiffée. Je n’ai rien demandé. L’océan se prend pour qui ? Qui voit Ouessant voit… bon sang c’est improbable j’en suis au six cent vingt-neuf millième signe ; je suis de toute part assaillie. »


    JOUR 28B

    Bis repetita dit et redit d’une et d’un, effet ding dong. « Face à elle, l’homme n’est plus suffisant. Il garde sa plume dans le cul et il a l’air d’un blanc-bec bec de cheval empêtré dans une haleine de veau. Enfin quoi je suis la raie en colère le millième signe furibond qui s’exprime tant bien que mal avec cette plume là où elle se trouve. Il est sans nul doute assez facile de pavoiser. De l’art de parler la plume au cul. J’y travaille. Ahuri et tordu mais j’y travaille. »


    JOUR 4

    Elle va droit au repos bien mérité. D’eau fraîche elle flotte de bois elle vit. Elle absout tous les pets odorants, bruyants, toutes selles liquides, glaireuses, plâtreuses, moulées, un peu aligotées un peu chocolatées, fondues, massives, évanescentes ou pas, elle prête à chacun un état d’esprit. Elle en est là aujourd’hui ; elle voit large ; elle s’agrippe à tout cet immense panel. Néanmoins elle est d’un sommeil pauvre, très pauvre. Elle s’écarte. Non, elle se déporte. « Madame je n’aime pas que vous parliez de moi comme déportée, condamnée, dépouillée, oubliée ». « Non, votre corps dévie, chavire s’éloigne de vous, c’est tout ». « Oui », en chœur, « c’est bien ça ».


    JOUR 11

    Elle ne voudrait pas trop en dire ou mal en dire. C’est souvent son tracas : le maldire. Non pas agacer, violenter, réprimer, enjoliver, juste maldire. Le juste maldire la déçoit. La dépersonnalise. Elle s’empêtre. Aux dépens de l’autre elle. Et d’elle-même, parfois. Elle prend sa plus belle plume, elle lève l’index et tout en elle arpente. Elle arpège, elle plaque, elle consonne, elle vocalise. De nature capricieuse. Mais elle articule quoi qu’il arrive. Elle en reste là.


    JOUR 18

    Elle se sent si gui gui gui guimauve. Elle se sent si si si si si. Si in in in in incomprise. Elle est un peu l’archer mou d’un vio vio vio d’un violoniste virtuose. Même lui ne peut rien en faire. Elle est un peu le fi fi fi fi le fil du haricot vert trop cuit pas bio pas bon. Après tout elle, elle, elle, elle, elle s’en tape. C’est la jeune fille qui morfle. Rien ne tient tout tombe au fond de sa culotte, saleté de périnée. Trop mou. Tout est trop mou. Sa vitalité, sa r[ε]ctitude.


    JOUR 25

    Il croit qu’il est l’élu appelé pour un moment de baise. La jeune fille se tortille. Il croit qu’il est l’élu appelé pour un moment de baise. La jeune fille claque des dents. Il croit qu’il est l’élu appelé pour un moment de baise. La jeune fille se déculotte. Il croit qu’il est l’élu appelé pour un moment de baise. La jeune fille dyslexise à sa guise. Il est appelé pour un éclat de bises. La jeune fille se gratte, se greffe une griffe tellement la jeune fille se gratte tellement il croit tellement il y croit. Mais tout est décidément trop mou le rêve la réalité surtout ce rêve gracieux et insolite cette réalité incontinente et élastique. Au diable Pelvis. Hip hip hip hourra The Boss.


    JOUR 2

    La tête de la jeune fille bascule, se renverse, titube. Le vent est trop fort, ses os sont déconfits, sa voix est rocailleuse, le coucher du soleil est à 5 centimètres de son nez : un bois jauni vieilli de vieille marée adossée à des livres lus depuis sans doute fort longtemps mal ouverts mal fermés sûrement sentant quelque odeur renfermée bref aux oubliettes. Ce coucher du soleil est une excellente fermeture éclair. Il est un excellent espace de vastes oublis de vases d’ovnis de valises trop lourdes. La jeune fille se laisse tomber se laisse tremper dans et par le coucher du soleil qu’elle maudit qu’elle encourage à continuer ; il la rend élastique, ça lui fait ni du mal ni du bien. Ça lui fait.


    JOUR 9

    … Ça lui fait. Des chatouilles. Des envies d’uriner. Des gris gris. Du gras gras. Des vergetures. Des appels d’air. Des passes. De la végétaline. De la crasse sous les ongles. De la crasse entre les doigts de pieds. Parfois juste derrière l’oreille gauche. Des cheveux blancs sur sa perruque. Des griffures de chaton. De la bave de vieux au coin de la bouche. Du cérumen étouffant le poil touffu de l’oreille droite. Des poux. Des pots. Des pois. Du poids, du poids, du poids. Elle se sent tout à coup extrêmement lourde. L’écureuil lui passe sous le nez ce soir-là de pleine lune. Il est beau et volumineux. Il est beau et douloureux. Sa queue en panache lui glisse entre les doigts. Ça lui échappe. Elle n’a aucune prise sur elle.


    JOUR 16

    Je recherche Sophie. Marie-Sophie. J’ai besoin qu’elle vienne vivre avec moi. Qu’elle m’accorde tout son temps. Qu’elle m’accorde tout son nom. Qu’elle m’accorde tout d’elle. De là à là. Qu’elle s’accorde à moi comme une ombre. Comme si sa vie n’était plus la sienne. Et que chacune de ses parcelles corporelles, amiesques, rhododendronesses était mienne. Comme si toujours était toujours. Comme si j’étais aspergée par sa salive, sa sueur, ses gouttes d’urée. Je recherche Sophie. Marie-Sophie. J’ai besoin qu’elle vienne vivre en moi. Vous la croisez tous les matins ? Allez. Donnez-la moi. Arrêtez votre plaisanterie. Je vais pleurer. Attention. Je vais pleurer. Je pleure. Ça y est. Ne me dites pas que. Ne me dites pas que Sophie. Que Marie-Sophie. C’est moi. Ne me dites pas ça. Arrêtez.

    Posté par Narval, samedi 16 mai 2009 à 21:22:50 | | Répondre
Nouveau commentaire