mardi 2 juin 2009

Créer ou reproduire ?

Bertrand_mini
M
a fille, 10 ans, apprend la guitare.
Elle possède désormais une belle guitare toute neuve, toute jolie, qui rend un son clair et franc.
Pas facile pourtant de lui enseigner les premiers rudiments du bel instrument. Elle conteste tout et dit que c’est dur, que ça fait mal.
Alors, elle pose son doigt menu au hasard d’une case, frappe la corde et déclare fièrement qu’elle a inventé une note.
Je dis que non, qu’elle n’a pas inventé une note. Elle produit une note qui existe déjà sur la guitare et qu’on peut même écrire sur une portée musicale. Vu ?
Non. Cette note, c’est moi qui l’ai inventée. Toi, tu inventes pas des notes quand tu joues ?
Non, je joue des notes qui existent. C’est ça, la musique. Faire des notes qui existent déjà, les assembler comme un château et faire un tout qui s’appelle une mélodie, une chanson, un morceau… Bref.
Mais tu inventes des textes, pourtant ! Tu inventes des histoires dans tes livres ! Toponymie et Zozo, par exemple !?
Heu…Oui. Enfin…
Tu n’inventes pas ?
Si.
Alors, c’est comme les notes, tu vois bien.
Non.
Pourquoi ?
Si, en fait tu as raison. C’est comme les notes et ça s’appelle des mots. Je ne les invente pas, ces mots. Ils existent déjà dans le dictionnaire et je les assemble comme un petit château pour en faire un livre.
Non, c’est pas comme les notes. On les entend pas, les mots. J’en écris plein à l’école, alors  je le sais. Cette note, là, tu l’entends et si j’arrête d’appuyer sur la corde, tu l’entends plus. Je l’ai inventée avec mes doigts. Tandis que tes mots, même si tu fais rien, tu les vois quand même et tu peux les lire.
J’en sais rien…En fait, j’en sais rien du tout. Bon. On reprend ?
(….)
Attends un moment. Les mots, c’est comme les notes. Il y a un poète... Tu sais ce que c’est un poète ?
Oui, Brassens.
Heu… Pas forcément. Il y en a plein d’autres. Celui-ci s’appelait Verlaine. Il disait qu’écrire des mots, c’était faire de la musique avant tout. Alors, tu vois bien…
Il est mort, Verlaine ?
Oui.
Ah, c’est pour ça alors !

7_vert

Posté par Les 7 mains à 09:00:00 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
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Commentaires sur Créer ou reproduire ?

    Quand vous êtes bon ...vous êtes bon !!!

    Vous êtes pour moi cela va sans dire meilleur, mille fois bien meilleur quand vous racontez l'inédit du réel que vous vivez ou semblez avoir vécu.

    Là oui, Bertrand Redonnet, ce Bertrand Redonnet j'aime, oui j'aime y plonger à belles dents comme dans la prose à Zozo que je ne cesse de recommander, la vérité si je mens, d'offrir en cadeau à mes amis et mes maîtresses jolies et nombreuses.

    C'est t'i pas mieux que des fleurs, hein l'artiste ?

    Narval le lèche cul utile.

    Posté par Narval, mardi 2 juin 2009 à 11:42:53 | | Répondre
  • Le pluriel

    Mais point futile....
    Et que vos maîtresses soient jolies, ça, j'en suis sûr...Nombreuses, après, tout ça dépend l'idée qu'on a du pluriel...
    Et on sait que le pluriel ne vaut rien à l'homme, au-dessus de quatre...
    Ce qui n'est quand même pas mal, hein ?
    Ahhhhh !!!!

    Posté par Bertrand, mardi 2 juin 2009 à 13:53:04 | | Répondre
  • Si....

    ...il n'y a création qu'à partir de rien du tout....je ne vois que le Bon Dieu....nous les hommes, il nous faut quand même un légo basique...un mot, une note, une boule d'argile, un grain de raisin pour nous mettre en route. Mais entre un tableau de Van Gogh et ses tubes de peinture il y a vraiment transformation, mutation, création...je pense...

    Posté par aglaé, mardi 2 juin 2009 à 16:32:35 | | Répondre
  • Narval!

    Vous disparûtes?
    J'avais grand mal à faire mon deuil comme disent les journaleux...

    Posté par aglaé, mardi 2 juin 2009 à 16:34:25 | | Répondre
  • Aglaé et son Big-Blog

    Salut Madame Lafée,

    Mais pour vous je parais ici illico presto. Je suis passé faire un tour du côté de chez vous et des Aglamiettes, et je suis heureux comme à chaque fois que je vous lis ou regarde votre peinture. Ce qui se dégage de toutes vos signes c'est un bonheur de vie, oui ça paraît con de dire, plutôt d'écrire cela comme-ci mais c'est ainsi que je le ressens.

    Oui, le bonheur d'être là, d'observer les autres, de les décrire, de les dépeindre, de les peindre, le bonheur d'être à table, le bonheur de transmettre quelque chose de futile en apparence mais de sacrément solide et vivant sur le fond.

    Vous prendrez bien quelques miettes avec un petit coup de Furieux?

    Ouais c'est pas de refus !

    Pour ma part je vous laisse ici ce petit poème de Evelyne Boix-Moles qu'un ami rencontré sur le net m'a fait connaître.

    "Je te parlerai
    Je te parlerai

    Que tu aies mille visages ne me fera pas hausser la voix
    - la grappe n'a-t'-elle pas mille grains,
    le ciel mille nuages,

    Je te murmurerai,
    au centre de la perte,
    les lilas et leur parfum,
    la lisière où bascule la nuance,
    les arbres debout dans le vent,
    l'escargot plus petit que l'ongle de l'auriculaire...

    Mais aussi ce geste du vieillard rassasié,
    et qui recueillait,
    sur la table, à chaque repas,
    les miettes de pain tombées autour de son assiette ...

    Miettes de pain,
    bris d'étoiles aussi vifs, au creux de la paume, que l'étoile qui brillait, intacte,
    dans son coeur :

    son coeur qui vibre aujourd'hui avec les morceaux de mon coeur,
    avec le coeur - écrasé - des simples, des poussières, des étoiles ...
    "Les visages du Pronom" (Printemps 2004)

    Voilà et salut Madame Lafée !

    Narval le Jolicoeur !

    Posté par Narval, mardi 2 juin 2009 à 20:29:32 | | Répondre
  • Corrections

    @ Aglaé : Au premier paragraphe de ma note il faut lire :

    "Ce qui se dégage de tous vos signes ..."

    Vous aurez rectifié sans aucun doute, mais je ne voulais pas que vous eussiez pu douter un seul minuscule instant de mon sérieux vous concernant.

    Narval le Consciencieux.

    Posté par Narval, mardi 2 juin 2009 à 23:16:26 | | Répondre
  • @ Bertrand : beau moment de lecture en effet, qui me renvoie à ce texte que tu as sur ton blog ("La guerre", je crois, mais je fais peut-être une erreur sur la référence -pas sur le texte-)
    Et je pense aussi au beau texte (qui fait quatre pages), de Andrzej Stasiuk, dans FADO, "Notre jeu éducatif" [(...)J'aime arpenter la maison la nuit et observer comment la vie de ma fille se dilate. Je trouve des paquets de chips éventrés (...)]

    @ Narval : Il est vrai que ce n'est pas la même chose de lire les facéties de Bertrand quand, avant, on a lu CHEZ BONCLOU ET AUTRES TOPONYMES, LE SILENCE DES CHRYSANTHEMES, DES PLAGES DE CHARYBDE AUX NEIGES DE SCYLLA etc.

    Pour vous, ces trois vers d'Evelyne Boix-Moles :
    "Nous qui sommes voués à l'éclair,
    nous avons mesuré à longueur de brûlures,
    l'agonie où le blanc refuse de mourir."
    (Ce peu de Mots - 2005)
    Cf le blog de Jalel El Gharbi

    Posté par michèle, mercredi 3 juin 2009 à 08:39:08 | | Répondre
  • aglagratitude...

    ...pour Narval! je reçois toujours des choses que je ne mérite pas, c'est quelque chose ça!!!!!aglaémue

    Posté par aglaé, mercredi 3 juin 2009 à 14:15:02 | | Répondre
  • Si si Michèle c'était bien ce texte, " La frontière, la guerre et l'enfant" où elle proposait, qu'en place des bombes, la Pologne échange des pommes avec l'Irak pour avoir du pétrole.
    http://lexildesmots.hautetfort.com/archive/2008/01/10/la-frontiere-la-guerre-et-l-enfant.html

    Posté par Bertrand, jeudi 4 juin 2009 à 09:00:32 | | Répondre
  • A Narval

    La question reste posée de l'exigence ou pas du lecteur. De sa capacité à dire "J'aime cet écrivain, mais ça là, qu'il vient d'écrire, c'est pas terrible".
    Je suis capable de ça (séparer le bon grain de l'ivraie), je crois.
    Des fois aussi, l'amitié l'emporte.

    Donc pour être claire (avec moi-même), Narval : Ce qu'on a lu ou pas de Bertrand, avant, ne change pas grand chose aux textes qu'il propose ici.
    Ce qui peut changer, c'est le regard qu'on décide d'avoir.

    Posté par Michèle, mardi 16 juin 2009 à 17:09:28 | | Répondre
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