mercredi 6 mai 2009

Pax romana, sed dura lex

Emmanuelle_mini
N
ous y voilà encore : tous les deux enfermés dans la même histoire, vous qui tirez de votre côté et moi du mien, tout ça pour arriver à quoi ?

Patricia, lascive, susurre dans son interphone… »

J’interviens, je saute à pieds joints dans le plat, avec mes gros sabots chaussés pour l’occasion, j’en mets partout exprès, si avec ça je ne suis pas claire… Mais voyez-vous, je ne peux pas vous laisser écrire cela. Cette phrase vous précipite dans le grotesque et ce faisant, vous sombrez à corps perdu dans la médiocrité. Vous connaîtrez le sort du Titanic sans en avoir la tragique majesté, c’est un bien lourd trépas, croyez-moi, pour qui se croit déterminé à vivre grand. Une chose est certaine cependant : lascive susurre, pas question ! Ce n’est pas l’allitération qui fait le style et puis, la présence de cet interphone dans le bureau de la DG me semble pour le moins loufoque : ne susurre-t-on pas tout aussi bien au téléphone ? Allons, ne faites pas l’innocent, je vous ai vu venir : quand une femme lascive susurre, ce n’est pas sans arrière-pensée, interphone ou pas. Parti comme vous l’êtes, si je vous laisse faire nous écoperons, dès la page suivante, d’un entrelacs de corps nus s’agitant sur la moquette ; je ne veux pas savoir à qui ils appartiendront, je refuse de connaître le détail de leurs agissements, je préfère ignorer de quelle ponctuation vous entrecouperez leurs soupirs et leurs râles, ou même s’ils échangeront des obscénités bi-syllabiques pour mieux s’encourager. Vous l’aurez compris, je l’espère : je ne serai pas la chorégraphe du pornographe. Il me déplaît d’orchestrer ou de mettre en scène pareils ébats, fussent-ils nés de votre imagination avec laquelle il m’arrive pourtant, par je ne sais quelle sombre alchimie, d’éprouver des affinités. Mais pas ce soir, non, merci, vous finiriez par me donner la migraine, en plus des haut-le-coeur. Que les choses soient claires : si vous persistez dans cette voie, je lâche le morceau, je m’en vais, je redescends chez moi, et vous vous trouverez une autre dépanneuse. Vous haussez les épaules ; c’est donc que ma menace ne vous effraie pas. Ne niez pas, je vous ai vu. Et puis vous ricanez, en douce, hin hin hin, c’est ridicule. Cessez de me grincer ainsi dans les oreilles, je ne vous aime pas plus en sale gosse qu’en écrivaillon lubrique. Conduisez-vous mieux, je vous prie, nous avons tout à y gagner.  Vous surtout.

7_vert

Posté par Les 7 mains à 09:00:00 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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Commentaires sur Pax romana, sed dura lex

    J'ai du mal...

    ...à suivre l'histoire proprement dite car je suis une lectrice trop rapide et trop peu attentive...mais il y a des trouvailles d'écriture tellement bonnes qu'elles me suffisent amplement à vous apprécier....je suis jalouse de cette écriture là...et c'est plein d'humour sans lequel le reste serait peu de chose...

    Posté par aglaé, mercredi 6 mai 2009 à 11:12:16 | | Répondre
  • Merci

    ...merci Aglaé d'être fidèle à mon mercredi, et pour vos précieux commentaires.

    Posté par Emmanuelle, mercredi 6 mai 2009 à 14:00:54 | | Répondre
  • je viens de trouver...

    ...quelques éléments d'information( pas dans les fichiers des RG) sur vous et votre roman;"Tu devrais voir quelqu'un..." le titre lui même ressemble à vos écrits et l'histoire!!!!!Bon, je raconte pas....Quel éditeur? bordel! j'ai oublié...

    Posté par aglaé, mercredi 6 mai 2009 à 16:23:48 | | Répondre
  • L'éditeur c'est Gallimard, Aglaé. Je lirai ce roman cet été.
    J'ai depuis novembre 2008, le 2e numéro de la revue "Tire-Lignes" éditée par la Centre Régional des Lettres de Midi-Pyrénées. Il y a un très beau portrait d'Emmanuelle Urien écrit par Magali Duru.

    Posté par michèle, vendredi 5 juin 2009 à 00:22:28 | | Répondre
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