mardi 5 mai 2009

Une réflexion désobligeante

Bertrand_mini
É
crivain de plus en plus méconnu - selon certaines mauvaises langues du Landerneau à cause de la désastreuse médiocrité de son imaginaire et, plus probablement selon lui, grâce à la profondeur avant-gardiste de son style - Jacky déambulait, un verre de champagne tremblotant dans une main, un biscuit mal assuré et à moitié grignoté dans l’autre.

Il déambulait gauchement au milieu de cette petite sauterie littéraire organisée par l’ami d’un ami d’un copain d’une de ses vagues connaissances à lui.
Il y avait là quelques dames élégantes et quelques messieurs bien mis qui, lui semblait-il, se connaissaient tous les uns les autres puisqu’ils bavassaient par petits groupes, les uns rieurs, les autres affreusement sérieux. Des journalistes, des écrivains et un metteur en scène, selon ce que sa vague connaissance lui avait communiqué.
Jacky reconnut, ému,  le romancier  Edouard Toutfaux, auteur d’un récent roman qui pouvait se targuer de quelque succès de librairie et Bernadette Tasdésous , critique littéraire à Libre ration.
Il s’ennuyait à crever. Il avait chaud aussi. Personne ne lui parlait. Personne ne lui souriait. Personne ne le voyait. Le seul échange qu’il eut réussi à tirer jusqu’alors, c’était quand un gros ventru dégoulinant de sueur l’avait malencontreusement bousculé en accourant les bras ouverts vers un de ses amis qui venait de faire son entrée dans la petite salle de réception, qu’il s’était excusé et que Jacky, aimable, conciliant et souriant avait répondu, je vous en prie,  ce n’est rien.
Depuis, il n’avait pas eu la moindre occasion d’ouvrir la bouche, sinon pour faire mine de siroter son champagne et de grignoter sa friandise.
Humilié, il allait s’exclamer, à part lui, « tas de nuls ! » et prendre la poudre d’escampette,  quand une jeune femme tout sourire et qui aurait pu être belle si elle s’était au moins vêtue avec un peu moins de recherche tapageuse, s’était approchée de lui, la main délicatement tendue :
- Ah, monsieur Jacky Dugland !  Comment allez-vous, cher monsieur ? Savez-vous qu’il m’a été récemment donné de lire votre recueil de poésies ?
Enfin ! soupira le pauvre Jacky… Et il se fit suave :
-    Le dernier ?
-    Oui… Du moins je l’espère vivement !

7_vert

Posté par Les 7 mains à 09:00:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,


Commentaires sur Une réflexion désobligeante

    Il va falloir présenter Jacky Dugland à Armelle Nauton... Je suis sûr qu'ils vont s'entendre ! Et avec Marc et Géraldine comme témoins de leur mariage ce sera super !

    Posté par SB, mardi 5 mai 2009 à 19:55:31 | | Répondre
Nouveau commentaire