vendredi 19 juin 2009

Chroniques d'un super héros, 18

Fabrice_mini
«
Orgueil et humilité » ; « Arrogance et effacement ». Ma vie sonnait comme un titre de Jane Austen, elle en avait la couleur, la saveur, mais en réalité je me gogolisais. Dans Le Manteau, Akaki Akakiévitch Bachmatchkine est obligé de se serrer la ceinture pour acheter son habit. Il réduit ses dépenses, ne prend plus de thé, n’allume plus de chandelle, marche sur la pointe des pieds pour ne pas abimer ses semelles, va le moins possible à la blanchisserie. Les débuts sont durs, ingrats, mais il finit par s’habituer. Il arrive même un jour à se passer de souper. Gogol nous décrit bien la transfiguration. Comme il rêvait ans cesse à son futur manteau, écrit-il à propos d’Akaki, cette rêverie lui fut une nourriture suffisante, encore qu’immatérielle. Bien plus : son existence elle-même prit de l’importance ; on devinait à ses côtés comme la présence d’un autre être, comme une compagne aimable qui aurait consenti à parcourir avec lui la route de la vie. (…) Une flamme luisait parfois sans ses yeux, les pensées les plus audacieuses lui passaient parfois par la tête. Bien sûr, petite nuance, j’étais logé-nourri-blanchi sur les deniers parentaux : je n’ai jamais sacrifié ma croissance à mon art. Je suis un enfant des Trente glorieuses, pas fonctionnaire à Saint-Pétersbourg. Le jeu a donc commencé à cette époque. Car au début ce n’est qu’un jeu, un défi lancé à soi-même. Vous ne comprenez pas ce qui vous pousse, ce qui dirige vos gestes, vos paroles. Sacrifier une sortie pour une vague répétition ? S’éloigner des copains pour taper sur des fûts ? Allons donc. Que intérêt mon petit Pétrovitch ? Il faudrait d’ailleurs s’accorder sur ce que « travail » et « répétition » veulent dire. La plupart du temps, après une heure d’agitation, de vague ressassement d’un morceau encore embryonnaire, d’accords incertains et saturés, les créateurs posent l’instrument. On allume un pétard et on refait le monde, on dessine la femme idéale, lascive et soumise.

À suivre (…)

7_vert

Posté par Les 7 mains à 09:00:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires sur Chroniques d'un super héros, 18

    Les "Chroniques d'un Super-Héros" sont notre "Manteau" à nous.
    Plus qu'un épisode, diable, le lecteur s'interroge.
    A moins qu'il n'y ait une suite après les vacances.
    Notre "Manteau", dis-je.

    Posté par michèle pambrun, dimanche 21 juin 2009 à 10:41:54 | | Répondre
  • Je crains bien qu'il ne reste qu'un épisode. Puisque "Le Manteau", là. La boucle est bouclée. Zut !

    Posté par michèle pambrun, dimanche 21 juin 2009 à 10:43:55 | | Répondre
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