dimanche 14 juin 2009

Virage, 9

Jean_claude_mini
Eric laisse Camille prendre quelques mètres d’avance, puis lui emboîte le pas en direction de la maison. Il a noté, depuis quelques semaines, le changement d’attitude de sa femme ; il sent que quelque chose est venu perturber leur équilibre. Depuis sept ans, il vit avec elle un amour parfait au point de dire parfois que le paradis sur terre n’est pas un endroit précis de la planète mais un territoire imaginaire à conquérir à deux, un espace qui ne se trouve nulle part et qui s’appelle l’amour. Eric écoute trop de chansons romantiques écrites par de mauvais paroliers qui cherchent à séduire la ménagère de moins de cinquante ans et qui ne se doutent pas des dégâts qu’ils peuvent provoquer. Chaque matin au volant de sa voiture, il branche son autoradio sur la fréquence d’une station spécialisée dans la diffusion de chanteurs sirupeux qui n’hésitent pas à dire des choses un peu guimauves et en tendues comme « entre elle et moi, plus il y a d’espace et moins je respire ». Et chaque fois qu’il entend ce genre de phrases, il ne peut s’empêcher de penser à Camille. Certains matins, il se dit qu’il pourrait faire demi-tour, venir rejoindre Camille. Mais il ne le fait jamais.

Et c’est dommage, car c’est exactement ce que Camille espère de lui. De la surprise. Camille sait bien que son mari l‘aime, que son amour lui est acquis. Elle sait aussi qu’elle l’aime, mais elle se dit que l’amour n’est pas toujours suffisant et se demande si après tout elle ne préfère pas l’incertitude. Elle pénètre dans la maison, aperçoit Eric qui vient derrière elle, ferme la porte cependant.

Eric s’arrête. Il a vu le regard de Camille, puis le panneau de la porte se rabattre. Il allume une cigarette. Elle a besoin d’être seule, se dit-il, c’est normal, son père est mort. Mais il ne peut s’empêcher de penser à ce prénom, Vincent. Il ne se fait pas d’illusion. Qu’elle ait couché avec ce type ou pas importe peu à ses yeux. Ce qui le dévore, c’est de savoir que le regard de Camille s’est un instant détourné de lui pour se poser un autre. Il regarde le jardin, cette vaste étendue de gazon et ce plumeau, immense en contrebas. La porte s’ouvre à nouveau dans son dos. Camille vient vers lui. Il ne se retourne pas. Elle passe ses mains autour de sa taille, appuis son visage sur son dos. Il inspire une grande bouffée d’air frais, jette sa cigarette. Pose sa main sur la sienne.

- Ce plumeau est énorme, dit-il
- Maman veut le faire couper. Elle le trouve trop gros.
- Je pourrai m’en charger.
- Tu ferais ça ?

Il se retourne. Il l’embrasse. Elle lui sourit. Eric sait que ce Vincent disparaîtra très vite.

A suivre…

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Posté par Les 7 mains à 09:00:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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