vendredi 12 juin 2009

Chroniques d'un super-héros, 17

Fabrice_mini
J
e n’étais qu’au début du malentendu, bien sûr, ça ne s’est guère arrangé par la suite. Ma volonté musicale a entretenu une courbe inversement proportionnelle à celle de mes résultats scolaires. Ces mêmes résultats scolaires, notamment en mathématiques, peuvent inciter le lecteur, que je ne blâmerais pas en la circonstance, à douter de la justesse de la métaphore. Enfin, l’idée centrale est que ça n’allait pas fort en cours et qu’un progrès, disons une esquisse de progrès, s’opérait en musique. Arrivé dans ma dix-septième année – décidément charnière, que dis-je, décisive –, je me suis décidé à travailler mon instrument, à acquérir un métronome, à prendre des cours. Passionné de jazz, mon professeur m’a démontré que la musique n’est pas toujours binaire : on peut jouer autre chose que l’éternel tchik boum tchik boum tchik boum. Révélation. Le petit Pétrovitch, jusqu’alors cancre de la famille, flemmard patenté, roi des nuits blanches et des grasses matinées, a découvert le travail et la joie du sacrifice. « Tu viens à la boum demain soir, Patrick ? » « Non, j’ai une répétition. » « Qu’est-ce que tu fais samedi après-midi ? » « J’ai cours de batterie. » Les amis vous proposent une, deux, trois fois, puis ils passent à la suite : vraiment chiant Pétrovitch, prise de tête ce mec, pour qui y s’prend ce naze ?
Un artiste, mesdames et messieurs, créateur en chef, voilà quelles étaient mes prétentions : élu des dieux, conquérant des muses et des sylphides. Car il faut être honnête, elles étaient là, devant nous, si désirables - et si hautaines. Inaccessibles même, en ce qui concerne votre dévoué serviteur. Pétrovitch n’était pas du genre à se lancer pendant le slow, inénarrable « Hotel california, » il lui fallait du temps pour se déclarer, un certain temps, un temps certain pour tout dire. Trois jours ? Trois semaines ? Trois mois ? Trois ans ? Sa dulcinée était déjà dans les bras d’un autre quand il se décidait à l’inviter. Ils avaient consommé l’affaire, sillonné l’Europe, parfois la planète, et fondé une famille. C’est donc en star mondiale que je comptais arriver dans l’arène, les groupies feraient la queue devant ma loge, on se battrait pour aborder Pétrovitch, le divin batteur, gardien du tempo, magicien du rythme. A voir.

À suivre (…)

7_vert

Posté par Les 7 mains à 09:00:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires sur Chroniques d'un super-héros, 17

    Tchik boum tchik

    "L'autobiographie n'existe pas : la vie ne s'écrit pas. Elle se vit. Ecrire la vie c'est la revivre autrement, etc."

    Je ne me demanderai donc pas si l'auteur est aussi batteur. Je fais confiance à la littérature.

    Qui nous renvoie à la nôtre de vie. La batterie, et le métronome...

    Posté par michèle pambrun, vendredi 12 juin 2009 à 18:14:58 | | Répondre
  • Refus

    Ajouter ceci : l'inquiétude du lecteur, qui vient de regarder son agenda. Il reste deux vendredis seulement ! NON. Non, le lecteur ne veut pas s'arrêter là.

    Posté par michèle pambrun, vendredi 12 juin 2009 à 18:25:40 | | Répondre
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