dimanche 7 juin 2009

Virage, 8

Jean_claude_mini
«
Qu’il aille au diable, se souvient Camille. Il ne le pensait pas vraiment. »

Pourtant cette nuit-là, celle de ses dix-huit ans, l’oncle Henri avait pris le chemin de l’au-delà : une rupture d’anévrisme l’avait laissé étendu au beau milieu de son garage. Et durant les quinze années qui avaient suivi, son père avait vécu dans le doute et la culpabilité. Jusqu’à la semaine dernière où son tour était venu.

Camille se promène dans le jardin, celui dans lequel elle a grandi. Odile sa sœur est dans la maison avec sa mère et le reste de la famille. Camille déteste les réunions qui suivent les obsèques, les évocations collectives d’instants partagés avec le défunt et les sourires mélancoliques de circonstance. Chaque fois, ce sont ceux qui sont les moins proches qui en racontent le plus, les autres, les intimes préfèrent se taire.

Perdue dans ses pensées, elle n’entend pas son mari qui vient derrière elle, pose sa main sur son épaule. Elle sursaute.
- Tu m’as fait peur, Vincent !
- Vincent ? C’est qui ça, Vincent ?
- Je ne sais pas, Eric, répond-elle d’un air agacé. J’étais perdu dans mes pensées, je ne sais plus où j’en suis.

Eric la prend dans ses bras. Camille soupire. C’est avec Vincent qu’elle voudrait être en ce moment, ce garçon rencontré au café près de son bureau avec lequel elle espère oublier la monotonie de son mariage. Vincent, elle le sait, n’est pas l’homme de sa vie, mais il présente l’énorme avantage de ne pas être Eric avec lequel elle est mariée depuis sept ans. Sept ans, c’est un cap, a-t-on l’habitude de dire. Elle ne sait pas si cela est vrai mais elle doit reconnaître qu’entre eux, il n’y a plus de mystère.

- A quoi tu penses ?
Camille se détache d’Eric.
- A mon père, bien sûr. A quoi veux-tu que je pense ?
- A ce Vincent, par exemple.
- Il n’y a pas de Vincent. Je pensais au soir de mes dix-huit ans, si tu veux savoir. Ce soir-là, la baie vitrée du salon a explosé sans que jamais personne ne puisse expliquer comment. Mon oncle et mon père se sont engueulés. Mon oncle est mort la nuit suivante. Mon père ne s’en est jamais vraiment remis. Il pensait que son frère était mort par sa faute. Personne ne pourra jamais oublier le soir de mes dix-huit ans.

Eric pince les lèvres légèrement. Lui non plus ne l’a pas oublié ce soir-là. Mais jamais il n’en a parlé à Camille.
- J’espère qu’ils parviendront à se réconcilier s’ils se retrouvent là-haut.
- Qui ça ?
- Mon père et mon oncle.
Camille soupire encore, file vers la maison. Eric reste planté là dans le jardin, à côté du plumeau, immense. Il regarde sa femme s’éloigner. Il se demande ce qu’a bien pu devenir Matthieu.

A suivre…

7_vert

Posté par Les 7 mains à 09:00:00 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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Commentaires sur Virage, 8

    je m'demande...

    Vincent et Matthieu?....C'est pas impossible après tout...

    Posté par aglaé, dimanche 7 juin 2009 à 16:49:40 | | Répondre
  • Où l'auteur s'amuse

    et fait tourner la roue sous nos yeux. Quid du prochain virage ?

    Posté par michèle pambrun, lundi 8 juin 2009 à 21:28:56 | | Répondre
  • Oui Michèle...

    ...on vironzole pas mal dans ce virage....quel voyou cet auteur!

    Posté par aglaé, mardi 9 juin 2009 à 14:19:00 | | Répondre
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