lundi 25 mai 2009

Lettre 15

Marc_mini

Géraldine Bouvier
Éditions Dès demain – Paris 6ème                            

 

Paris, ce lundi 25 mai 2009

Mon petit serpent,

Oui, un petit serpent, exactement ! Une vipère même, dont j'ai dû, trois-quart d'heure durant, avaler les couleuvres devant mon poste de télévision... C'était bien la peine qu'on consacre une soirée entière à préparer l'émission si c'était pour vous amuser à ce petit jeu... Je ne vais pas entrer dans les détails, vous savez très bien ce que je pense de tout ça. N'empêche. Avez-vous seulement pensé à moi, le temps d'un éclat de conscience, lorsque vous avez déclaré, sous l'œil goguenard de Laurence Ruquière et devant la face apoplectique de Philibert Saulairsse que, je vous cite, "aucun écrivain un tant soit peu conscient de ce que son art engage n'a besoin d'un éditeur, aux yeux duquel il ne sera jamais qu'un produit dérivé de ses fantasmes d'industriel et un numéro de série sur une quatrième de couverture." Merde, mon chaton, c'est salaud ! Je sais que vous ne m'incluez pas dans cette race-là d'éditeurs, et que vous ne songiez pas à mal, mais imaginez un peu mon désarroi ! Je ne découvre certes pas ce que vous pensez de notre profession, mais j'étais tout de même en droit d'attendre davantage de considération, non ?

En revanche, mon bel étalon a été excellent face à cette morue de Christelle Angotte ! Non mais quelle merluche ! Et fagotée comme un sac à patates en toile de jute ! Quand je pense qu'elle a osé vous dire que vos romans ne se vendaient que "grâce à votre petite gueule" ! Heureusement que je n'étais pas sur le plateau, car je lui aurais arrangé la sienne, de gueule. Cela dit, elle m'en a fait oublié ce que vous aviez dit juste avant sur les éditeurs, et dès lors mon amour n'a plus fait que croître. Car vous avez été charmant, que dis-je : sublime,  envoûtant, un vrai sorcier ! Ce petit regard en coin que vous lui avez lancé ! Et la caméra bien plantée sur vous, parfait. Besoin de rien d'autre qu'un petit regard pour lui faire comprendre quelle conne elle était, tout en lui faisant croire que vous la respectiez, très fort ! Cela dit, vous avez eu raison de ne pas vous contenter de ça, et d'enfoncer le clou en la renvoyant à ses études : très bien sentie, la petite citation de Barbey d'Aurevilly. Comment c'est, déjà ? "Quand on a des opinions courantes, je les laisse courir", c'est ça ? J'adore !

Bref, je vous ai trouvé très bon, très beau, génial pour ainsi dire. Mais un peu discourtois à mon égard... - je compte sur vous pour vous faire pardonner ça... samedi soir ? chez moi... ?

Géraldine

7_vert


Commentaires sur Lettre 15

    je crois...

    ...que c'est de meilleur en meilleur....dire que c'est souvent plat et bête les cris d'amour par lettres! Là, c'est tordant et pourtant toujours vraisemblable. Chapeau! Vous avez du vous amuser beaucoup en plus....aglajalouse

    Posté par aglaé, lundi 25 mai 2009 à 11:47:38 | | Répondre
  • Il est vrai...

    ... que je rigole un peu, en effet...

    Posté par Marc V., lundi 25 mai 2009 à 11:52:53 | | Répondre
  • Bien vu...

    Bonjour Marc,
    Très bien vu, ces lettres. Pas encore tout lu, mais j'aime beaucoup.
    Manu

    Posté par Manu, mardi 26 mai 2009 à 10:04:28 | | Répondre
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