mardi 19 mai 2009

Considérations non intempestives

Bertrand_mini

Au bout de la piste, si on demandait à un homme de compter le nombre d’amis qu’il lui a été donné d’aimer et dont il eut le bonheur d’être  aimé, ce serait le plus souvent user d’un doux euphémisme afin qu’il annonce le nombre de trahisons dont il fut la victime.

Il y a quelque  chose de terrible à se fâcher avec ceux qu’on a aimés. C’est une guerre de tranchées où tous les coups sont permis parce que la logique, le rationnel, l’argumentation dont peut s’honorer, parfois,  une querelle avec des inconnus, cèdent la place au passionnel où ni la raison, ni le juste droit ne sont de mise.
Une guerre de sourds et de muets où chacun braille à tue-tête et n’entend que ce qui le justifierait a posteriori.

Je ne connais aucune souffrance humaine qui puisse être édulcorée par les raisonnements de l’intelligence et de l’esprit. La souffrance est d’abord contusion physique d’un coup reçu et ce que nous appelons oublier n’est que la mise en mémoire, sans douleur, avec le temps, du traumatisme. Il n’y a pas guérison. Il y a apprentissage à vivre avec son pied bot. Rééducation.

La vertu, c’est essayer, le plus souvent, de faire taire son intérieur, le vice consistant à le sciemment maquiller.

Il y a plus de vérités dans 24 heures de la vie d’un homme que dans toutes les philosophies, écrivait en substance Raoul Vaneigem.
C’est dire autrement la grandeur d’être partout éphémère.

7_vert

Posté par Les 7 mains à 09:00:00 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
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Commentaires sur Considérations non intempestives

    Un Vieux Sage nous est né ! Oh Miracle !

    Quel changement de registre depuis 15 jours, Sieur Sage Nouveau étant arrivé. De la dérision moraliste du conte commun à la philosophie partagée avec Sieur Raoul Vaneigem.

    Faut-y qu'il se soit passé un événement que le lecteur banal ignore pour qu'un tel brusque changement de cap et de style se soit ainsi manifesté chez son auteur préféré du mardi.

    A mon tour d'en appeler à l'Autorité de la Formule qu'est l'inénarrable et drolatique Raoul:

    "La vraie tristesse de la solitude tient à ce que, loin d'y être seul avec soi, on y subit la pire compagnie, la présence intériorisée des autres, la loi du clan."
    Le Livre des plaisirs. 1979.

    Narval l'Ectoplasme.

    Posté par Narval, mardi 19 mai 2009 à 13:36:09 | | Répondre
  • Clairvoyant Narval ! Car il s'en est passé des choses, des choses tellement normales, finalement, qu'on les prend dans la gueule parce qu'on ne les voyait plus.
    Comme quand on se prend les pieds dans le tapis du salon qu'on a posé là il y a 15 ans !
    ça fait plaisir cet extrait du livre des plaisirs, justement. Du Vaneigem avant Ratgeb.
    J'ai décroché avec "Le Chevalier, la Dame, le Diable et la Mort"
    Mais tout ça, "pour qui faire," comme dirait l'autre ?

    Posté par Bertrand, mardi 19 mai 2009 à 14:15:26 | | Répondre
  • Comptez les étoiles Vieux Sage !

    Mais tout ça pour "qui faire" ?

    Que se soit moi ou un autre qui meurt, cela n'a aucune espèce d'importance. L'essentiel c'est que nous soyons tous des hommes marqués.

    L'univers, qu'est ce que c'est que cette connerie encore hein ? Monsieur le Vieux Sage ?

    Quatre-vingt milliards de galaxies. Chaque galaxie abrite au moins cent milliards de soleils. Dans notre galaxie, la Voie Lactée, il y a quatre cents milliards de soleils. Les étoiles existent depuis treize milliards d'années.

    Chaque année, soixante millions de personnes meurent; la moitié d'entre elles sont des enfants de moins de cinq ans. Toutes les 110 heures, il apparaît sur la planète un million de plus d'êtres humains qu'il n'en disparaît dans la terre de la planète.

    "Pour l'homme, l'expérience la plus enivrante est de se confronter à la mort et la braver habilement en regardant les autres lui être donnés en pâture." (Ernest Becker)

    "Il n'est rien de tel pour nous sentir en vie que de voir les autres mourir. C'est la sensation de vivre - le sentiment que nous demeurons."(Ralph Touchett)

    Un nouveau né ne connait que trois choses : sa mère, la nuit et l'eau. (Les Indiens Kogi)

    Narval et sa minute en Docteur Cyclopède.

    Posté par Narval, mardi 19 mai 2009 à 15:48:59 | | Répondre
  • Petite dépression post-accouchment après la naissance de Zozo ?

    Posté par SB, mardi 19 mai 2009 à 23:23:48 | | Répondre
  • Zozo

    Non, non, Stéphane...Je viens de découvrir seulement l'exacte ridicule qu'il y a à se targuer d'avoir " des amis de trente ans".
    Vous vous souvenez, hein, des fameux "amis de trente ans ", s'étripant comme des porcs en furie ?

    Zozo poursuit son bonhomme de chemin...Jusqu'où ? je ne sais point.

    Posté par Bertrand, mercredi 20 mai 2009 à 15:31:43 | | Répondre
  • ...s'étripant comme des Pinder en furie! On dira.

    Chapeau pour Zozo! en passant.
    Et en y regardant de plus près, on devrait pouvoir extraire quelques considérations non-intempestives et paresseuses de ce drame farce, jubilatoire, extra-terrien.
    Mais pour qui faire?! Bin pour le relire, tin!

    A Zozo, chômeur éperdu.

    Posté par le banquisard, jeudi 21 mai 2009 à 12:35:31 | | Répondre
  • Parfois....

    ...une rencontre essentielle dans une vie dure quelques mois et les amis de trente ans sont seulement, parfois aussi, des gens dont on n'a pas réussi à se débarrasser en cours de route...ne soyons pas simplistes....

    Posté par aglaé, jeudi 21 mai 2009 à 13:32:47 | | Répondre
  • J'aime beaucoup votre façon de voir les choses, Aglaé.
    Plus même.
    Merci pour cette réflexion à méditer...
    Cordialement

    Posté par Bertrand, lundi 25 mai 2009 à 08:14:49 | | Répondre
  • Merci, Stéphane, de votre (ta) lecture...Voilà qui fait plaisir et remonte le moral et l'envie et le goût d'écrire.
    J'ai pensé un moment, proposé de titrer Zozo "le droit à la paresse, tomme II...."
    Mais ça faisait trop sérieux. Marx a été assez largement dénié par l'histoire sans qu'on la ramène avec son beau-frère...
    Cordialement
    Bertrand

    Posté par Bertrand, lundi 25 mai 2009 à 08:20:52 | | Répondre
  • Oui, et Zozo se méfie fort du Partageux
    (et il a bien raison...).
    Je veux dire que c'est de l'anti-idéologie toute simple, la paresse, l'oisiveté... Même si des devanciers illustres ont exprimé la même chose... (On pourrait également penser à Stevenson, Malevitch, et même Russell il me semble.) En fait je crois que tout esprit honnête (même très sérieux) en vient à célébrer la jouissance éperdue du non-faire, ou du "vrai" faire, égoïste et généreux, obstinément vivant.

    Ton livre est drôle, mais il est noir aussi, surprenant, décapant, poétique, grotesque, tout et anti-tout, méandreux et terrien. "Zozo le bien-heureux et le bien-malheureux." La vie, quoi!

    Posté par le banquisard, lundi 25 mai 2009 à 11:57:40 | | Répondre
  • Travail, famine, pas triste

    On dit qu'il y a un Pinder en chacun de nous...Pas certain...En revanche, comme tu le dis, Stéphane, c'est sûr qu'il y a un Zozo en chacun de nous.
    Ce qui est dégueulasse du point de vue de l'idéologie c'est d'avoir érigé, au milieu des années soixante-dix, avec leur fameux coup des chocs pétroliers, la valeur travail, la pire des aliénations,en précieux avoir :
    " Pauvres chômeurs ! et vous, travailleurs, ne vous plaignez pas de votre sort, vous en avez de la chance de pouvoir aller vous prostituer tous les matins !"

    Posté par Bertrand, mardi 26 mai 2009 à 10:54:29 | | Répondre
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