vendredi 24 avril 2009

Chroniques d'un super-héros, 10

Fabrice_mini
M
a bouche était en ruine, mon Livret A pillé, hypothéqué pour des générations, mais je n’étais pas découragé, bien au contraire ! Je me sentais animé par un courant électrique, une force invisible et déterminée, aussi puissante que la tectonique des plaques. Vocation. Je crois que le mot n’est pas trop fort pour décrire les phénomènes qui s’agitaient en moi. Des preuves ? Pas de problème. Le lundi qui suivit mon opération anti-terroriste, je me suis illustré lors de la réunion des copropriétaires. Depuis des années j’approuvais des devis pharaoniques, sans broncher, juste pour engraisser un syndic véreux : fini la belle vie, haro sur les dépenses ! Ces benêts voulaient payer une somme astronomique, que je n’ose pas citer ici par décence, respect du lecteur, pour repeindre la grille d’entrée. « C’est un artisan très gentil avec lequel nous avons l’habitude de travailler… » L’habitude : trois mètres carrés au prix du Palace, que dis-je, de la Rolls, du complexe immobilier sur la corniche ! J’ai brandi le veto et exigé un autre devis. Mes voisins ont paru surpris par mon attitude, excepté Monsieur Chapuis, qui savait maintenant de quoi j’étais capable. Depuis mon intervention, le brave homme se lavait comme un chat. Il avait arrêté l’escalade et opposé un moratoire sur le coït. À peine la réunion terminée, je suis allé voir Madame Lagrange, qui nous emmerdait depuis des lustres en sortant ses poubelles à cinq heures du matin. Elle est insomniaque, c’est un fait, pas une raison pour déclencher l’apocalypse au milieu de la nuit.

Vous jugez ces faits mineurs ? Vision compréhensible. J’ai eu la preuve absolue, irréfutable, de ma destinée, en disputant une partie de tennis avec Monsieur Zadig, deux jours après ce morceau de bravoure. Faisons d’abord les présentations : Christian Zadig est mon voisin de palier, et ce depuis toujours. Il a deux chats persans, un noir, un blanc, deux maîtresses, une blonde, l’autre brune, et deux voitures. Il utilise un coupé sport rouge pour le week-end et sa berline (grise) pour le travail. Monsieur Zadig dirige une agence immobilière. J’ignore pourquoi mais il a une très haute opinion de moi. Il y a comme ça des gens conquis dès le premier jour, sans un effort, et puis d’autres, ennemis à jamais, réticents pour toujours. En ce qui concerne Monsieur Zadig, j’ai quand même un embryon d’explication qui remonte à la Fête des voisins, l’année dernière. La Fête des voisins, cette mascarade. Pendant un soir vous êtes les meilleurs amis du monde, prêts à tous les sacrifices, don du sang, adoption, et dès la sonnerie du réveil, le lendemain, plus personne, direction RER, chacun pour soi. J’avais forcé sur le punch de Monsieur Pierrot, notre concierge, et j’ai prétendu être classé - je n’ai pas touché une raquette depuis la sixième. Je devais avoir l’air sérieux car il m’a cru (ou alors il avait bu plus de punch que moi). « Il faut à tout prix qu’on joue Monsieur Pétrovitch ! Qu’on dispute une partie ! À tout prix ! » Il me tannait depuis la soirée du voisinage, il voulait me présenter aux membres de son club. J’avais réussi à me défiler, je l’évitais, puis j’ai fini par céder. Je me sentais en forme, combatif, prêt à affronter l’ennemi.

(…) A suivre

7_vert

Posté par Les 7 mains à 09:00:00 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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Commentaires sur Chroniques d'un super-héros, 10

    Une semaine pour attendre la suite, c'est trop long !

    Posté par Loïs de Murphy, vendredi 24 avril 2009 à 10:07:29 | | Répondre
  • C'est la faute à Voltaire

    Ah Zadig ou la destinée !
    Zadig deux fois abandonné de ses bien-aimées...

    Posté par michèle pambrun, vendredi 24 avril 2009 à 10:48:45 | | Répondre
  • Incipit

    J'adore l'entame :

    " Ma bouche était en ruine, mon livret A pillé, hypothéqué pour des générations... "

    Patrick Platon Pétrovitch n'a pas, lui, de stocks options ou la perspective d'une retraite dorée de 33 millions.

    Posté par michèle pambrun, vendredi 24 avril 2009 à 17:22:59 | | Répondre
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