jeudi 23 avril 2009

Écrivain toi-même ! #2

Stephane_mini
«
Nous autres, les écrivains... » m’expliquait-il... J’étais piégé. Il avait réussi à faire éditer un fin recueil de poèmes chez un obscur éditeur de troisième catégorie et maintenant qu’il m’avait mis le grappin dessus, il ne me lâchait plus... Autour de nous, les badauds vaquaient, au gré des stands du salon du livre. Mais lui, il me tenait : « Nous autres, les écrivains... » répétait-il...

Écrivain ! À partir de quand peut-on estimer qu’on est un écrivain ? Faut-il forcément avoir publié un livre ? Chez un grand éditeur parisien ? Chez un petit éditeur de province ? Et un livre de quoi ? Des poèmes ? Des nouvelles ? Des recettes de cuisine ? Un roman ? Un essai ?

Écrivain… Parce qu’un plombier, à la limite, je vois bien ce que c’est... un électricien aussi, un pompier, un boulanger, pas de problème, leurs compétences, validées par des diplômes, sont facilement vérifiables à l’instar de celles du maçon que l’on reconnaît toujours au pied de son mur... mais un écrivain ?

Au moins chez les philosophes, on peut distinguer les officiels (les encartés à l’université), des dilettantes et autres amateurs. Mais écrivain ! Il n’existe pas de diplôme d’écrivain, pas de CAP d’écrivain ! Alors ?

Tenir un blog ou un journal, cela peut-il suffire ? Garder dans son grenier – ou dans sa cave – une malle remplie de manuscrits inédits ? Placer régulièrement des articles dans des revues ? Est-ce que cela compte ? Celui qui a écrit vingt livres est-il plus écrivain que celui qui n’en a écrit que dix ? Quel drôle de casse-tête !

Et pendant ce temps là, mon poète local continuait à vanter ses mérites et à autoproclamer son génie littéraire : « car moi, en tant qu’écrivain, voyez-vous... »

Écrivain... Il faut quand même en tenir une sacrée couche pour oser s’affubler d’un tel qualificatif !

7_vert

Posté par Les 7 mains à 09:00:00 - - Commentaires [16] - Permalien [#]
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Commentaires sur Écrivain toi-même ! #2

    Soi-même, simplement

    Il y a une question dont je redoute l'effet quand j'en serai arrivé vers la fin: qu'as-tu fait de ton talent? Je crois que la réponse se prépare aujourd'hui par un truc du genre: être ce qu'on est vraiment. Ecrivain ou autre chose

    Pépé

    Posté par pepe, jeudi 23 avril 2009 à 09:09:43 | | Répondre
  • Nous, les savants...

    .....avait eu l'imprudence de prononcer dans un amphi bourré d'étudiants en médecine, un vénérable professeur dans les années cinquante!!!!!!
    Alors..... les carabins avaient interrompu le reste de son discours par une Marseillaise tonitruante...Mon Doudou de mari en rigole encore à l'occasion.

    Posté par aglaé, jeudi 23 avril 2009 à 09:32:56 | | Répondre
  • Question bien savonneuse, pour un cahier... d'écrivains.
    Je rejoins Pépé sur l'essentiel, et je crois qu'il s'agit d'un sentiment d'identité, vieille question philosophique.

    J'ai du mal à voir en quoi il serait moins présomptueux de se présenter comme plombier, électricien ou boulanger.(Même dans un salon littéraire.) Chacun en a rencontrés qui se présentent comme tels et qui le sont nullement, travaillent comme des saligauds et font du pain immangeable. L'écriture a également ce côté artisan : si ce gars-là passe l'essentiel de son temps à écrire, qu'a-t-il donc de présomptueux à se présenter comme écrivain? C'est une identité sociale, ni plus ni moins.
    Il s'agit de savoir s'il en existe une autre, que la société ne reconnaît pas. Une identité personnelle qui ne trouverait pas à se réaliser. Mais même à supposer que cette identité existe, un écrivain sans livre, sans publication en revue, sans publication posthume, même, qui ne s'est jamais présenté comme écrivain, même de façon confidentielle, n'est pas un écrivain et ne le sera jamais.

    Pour filer l'imagerie naïve employée par Clément Rosset dans "le choix des mots", pour répondre à un lecteur qui aime tellement la philosophie de ses livres qu'il lui reproche la vanité de les écrire (je pense que ta vision des choses, poussée jusqu'au bout, en vient à l'inutilité, à la vacuité de toute écriture.) :
    On peut reprocher à un pommier de donner trop de pommes, ou de n'en pas donner assez, les trouver mauvaises, à son goût, ou au contraire sans goût, on ne peut pas nier qu'il donne des pommes. Et un pommier qui ne donnerait pas de pommes ne serait pas un pommier.

    Une idiotie pour commencer la journée.

    Posté par Stéphane Prat, jeudi 23 avril 2009 à 10:23:28 | | Répondre
  • Encore une fois, vous allez bien plus loin que moi dans l'analyse de la chose... Je n'avais d'autre prétention que d'exposer une sorte "d'instantané", une "impression" (pour rester d'une certaine manière dans le langage photographique).

    Mais l'idée qu'un "pommier qui ne donnerait pas de pommes ne serait pas un pommier." me plait bien néanmoins !

    Posté par SB, jeudi 23 avril 2009 à 11:08:47 | | Répondre
  • La simple idée...

    ...de dire en parlant de soi :"nous les écrivains..." ou "nous les savants" m'apparaît cuistre, mal élevé et comique au plus haut point...je me permets de vous le signaler en tant que Sainte Aglaé moi-même...

    Où est Narval qu'on rigole un brin...?

    Posté par aglaé, jeudi 23 avril 2009 à 11:51:46 | | Répondre
  • rebelote

    Cyrano

    Le Bret:
    Fais tout haut l'ogueilleux et l'amer, mais, tout bas,
    Dis-moi tout simplement qu'elle ne t'aime pas

    Cyrano:
    Tais-toi

    Edmond Rostand
    Cyrano de Bergerac, acte II, scène 8


    Il y avait un sous-jacent, là, qui ne me semble pas avoir été saisi....

    Posté par pepe, jeudi 23 avril 2009 à 12:47:51 | | Répondre
  • @pepe : exact ! Toujours pas saisi, d'ailleurs !!!

    Posté par SB, jeudi 23 avril 2009 à 13:18:45 | | Répondre
  • Voyous et philosophes

    Je rejoins complètement Stéphane.
    Prat.
    j'ai connu une époque où les voyous étaient en mal de philosophie et les philosophes en mal de voyoucratie.
    Le genre d'époque où tout bascule et où le pouvoir serre les fesses devant cette dangereuse pagaille des identités.
    Je ne me suis pas posé la question si j'étais un voyou ou un philosophe.
    En tout cas, j'aimais bien me conduire comme étant les deux.

    Posté par Bertrand, jeudi 23 avril 2009 à 13:33:12 | | Répondre
  • Justement, "La civilisation.." d'Edward Carpenter, l'essai présenté par Stéphane (ed. du Sandre), dont réclame était faite ce matin, est suivi d'un "plaidoyer pour les criminels" qui t'intéresserait sûrement. (En plus c'est magnifiquement écrit; Carpenter était un philosophe-poète)
    Ton "voyou et philosophe" se retrouverait je crois assez facilement dans ces eaux-là.

    Posté par Stéphane Prat, jeudi 23 avril 2009 à 15:32:27 | | Répondre
  • Tu as parfaitement raison Stéphane. Et comme vous le verrez bientôt, ce "Plaidoyer pour les criminel" sera un des thèmes d'une de mes collaborations du mois de mai (celle du 7, je crois)

    Posté par SB, jeudi 23 avril 2009 à 15:48:25 | | Répondre
  • Lequel des deux ?

    Ah moi j'aime bien : Stéphane Beau Stéphane Prat Stéphane Prat Stéphane Beau Des fois je me mélange les pinceaux mais je me remets vite très vite même les pendules à l'heure Sauf une fois au début et là je ne comprenais plus rien...
    C'est vrai quoi regardez les deux derniers commentaires au-dessus(si aucun ne s'est glissé entre-temps): allô allô Stéphane parle à Stéphane.

    Posté par michèle pambrun, vendredi 24 avril 2009 à 10:16:00 | | Répondre
  • Vous n'êtes pas la seule à vous mélanger les pinceaux. Je viens de recevoir un mail me félécitant pour la nouvelle "En boucle", que je viens de mettre en lignes sur le blog Le Manchot, un texte que je n'ai malheureusement pas écrit : l'auteur de cette nouvelle n'est autre que... Stéphane Beau, (mais le blog est bien le mien!)

    Ici, j'interviendrai donc sous le blase de Manchot-épaulard.

    Posté par Manchot-épaulard, vendredi 24 avril 2009 à 10:35:19 | | Répondre
  • "Pièce unique"...

    ...par Stéphane Prat. Pour le calamar d'avril. C'est là, il m'en souvient, que vous lisant (pourtant dans le Manchot-épaulard où j'aime beaucoup les fusains de Nathalie Prat), je vous confondis avec SB. Il y avait aussi l'histoire du Manteau de Gogol qui trainaît par là. Et puis un éditeur qui s'appelle Pascal Pratz. Bref la confusion totale, je ne savais plus où j'en étais et je me disais que chez les 7Mains, qui devenaient bien plus que les 7Mains, il se passait de drôles de choses...

    Posté par michèle pambrun, vendredi 24 avril 2009 à 11:03:25 | | Répondre
  • Drôles

    Des choses drôles itou...

    Posté par Bertrand, vendredi 24 avril 2009 à 11:13:47 | | Répondre
  • A l'Original

    @Stéphane Beau

    J'adore ce titre " Ecrivain toi-même! "

    Est écrivain pour moi celui que j'aime lire. Donc vous aussi dans le Panthéon !

    Voir, à propos de cette réflexion passionnante sur les écrivains, le dernier billet en date de Feuilly dans Marche romane (je ne sais pas afficher le lien.)

    Posté par michèle pambrun, vendredi 24 avril 2009 à 11:19:11 | | Répondre
  • Je vous l'accorde, tout ceci est bien compliqué : "L'Ardoise" de Stéphane Prat est effectivement éditée par Pascal Pratz et coédité par le Grognard de Stéphane Beau, même Grognard qui, dans un n° Hors série à venir, publiera d'ailleurs des textes d'un vieux philosophe, ami de Palante, nommé Louis Prat...

    On vous fera un croquis si nécessaire !

    Posté par SB, vendredi 24 avril 2009 à 12:38:56 | | Répondre
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