lundi 13 avril 2009

Lettre 9

Marc_mini

Géraldine Bouvier
Éditions Dès demain – Paris 6ème                            
Paris, ce lundi 13 avril 2009

 

Marc, il m'a été impossible de réprimer ces larmes. Votre lettre m'a saisie au plus haut de mes mortifications. Je me mortifiais, oui, de vous, de vos inconstances, de vos inconséquences, de votre méchanceté aussi, de cette chose maléfique qui vous gâtait l'esprit et réduisait notre amitié et notre tendre commerce à un vaudeville de la pire espèce. J'étais mortifiée de votre infidélité, je puis bien vous le dire. Oh je ne parle pas ici de vos amusettes avec Armelle Nauton, je connais assez les hommes pour envisager leurs enivrements - et j'en sais trop sur cette grisette pour ignorer ce dont elle est capable. Je parle d'une fidélité plus essentielle : une fidélité à vous-même, à vous-même et à notre histoire. Vous savez bien à quelles énergies mes derniers courriers se sont s'abreuver : le désarroi, la solitude, la tristesse. Votre longue lettre, pour peu qu'elle soit sincère, et je crois qu'elle l'est, je sens qu'elle l'est, fait bien davantage que me réchauffer le cœur : elle attise des feux où ce que vous aviez fini par glacer entreprend de fondre mot après mot. Maintenant je me sens aussi lourde et légère qu'Ariane en son bain ; vous voyez : légère d'une promesse vitale, lourde d'une épaisseur amoureuse.

Votre aveu d'amour me parvient alors que je ne pouvais plus guère méditer que sur l'inexorable fuite des choses aimées : cette passion littéraire qui scella notre rencontre, ce retirement complice où nous nous amusions du monde, cette opiniâtreté un peu maladive où vous plongeait l'écriture, et vous bien sûr, vous. Que je connus d'abord par les livres. Je ne savais rien de vous alors, vous vous souvenez ? je vous lisais, petite provinciale que j'étais, les jambes allongées et les pieds posés sur le rebord en pierre de notre grande cheminée, sous un gros pull adossée au radiateur ou rêveuse écarlate dans l'eau de mon bain. Avez-vous remarqué combien c'est dans la chaleur que, chaque fois, je me lovais pour vous lire ? Cette chaleur dont je recouvre l'écho dans cette lettre si belle que vous me destinez, et dont je mesure mieux, en la relisant, comme elle vient de loin. Mais pourquoi cette mascarade, Marc ? pourquoi cette méchante comédie, de si longues semaines ? pourquoi avoir tant tardé à confesser cette souffrance, cet amour ? quelle honte peut bien saisir un homme tel que vous qu'il n'en finisse d'ajourner ce que ses sens autant que son esprit lui dictent ? serait-ce un truc des hommes ? une manière pour eux de s'assurer l'attachement de l'autre ? Eh bien vous avez gagné : attachée, je le suis, liée par cette intuition de naguère devenue conviction pour tous les jours à venir, ligotée à votre regard, enchaînée à vos mains. Ne me faites plus défaut. Ne me faites pas languir davantage. Partez, puisqu'il le faut. Partez à ce colloque où l'on vous réclame, dans ce pays si lointain qui dit vous attendre. Et qui ne vous attendra et ne vous réclamera jamais autant que moi,

votre Géraldine.

7_vert

Posté par Les 7 mains à 09:00:00 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
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Commentaires sur Lettre 9

    Question...

    La situation se simplifie...dans la prochaine lettre on saura enfin ce que vous choisissez: chez elle ou chez vous? Ahahahah!

    Posté par aglaé, lundi 13 avril 2009 à 17:34:12 | | Répondre
  • Mais quelle histoire, quand même... ! Comment tout cela se finira-t-il... ?

    Posté par Marc V., mardi 14 avril 2009 à 11:49:44 | | Répondre
  • Espérons que Géraldine n'avait pas entre-temps fait appel à notre très fameux Baresi, car celui-ci ne semble pas du genre à renoncer à un contrat pour un happy-end amoureux... Mais c'est une autre histoire, dominicale sans doute... L'aventure commence, non?

    Posté par Stéphane Prat, mardi 14 avril 2009 à 13:51:35 | | Répondre
  • L'aventure commence ; mais est-elle jamais finie ?

    Posté par Marc, mardi 14 avril 2009 à 14:08:11 | | Répondre
  • C'est bien l'histoire... Comme dirait Malone, je crois : fallait pas commencer...

    Posté par Stéphane Prat, mardi 14 avril 2009 à 14:18:17 | | Répondre
  • D'autant que les humains sont imprévisibles. A ce propos, j'ai appris que Géraldine avait, in extremis, annulé le contrat avec Baresi...

    Posté par Marc V., mardi 14 avril 2009 à 16:56:32 | | Répondre
  • Redoutable Géraldine!

    Posté par Stéphane Prat, mardi 14 avril 2009 à 18:23:19 | | Répondre
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