dimanche 12 avril 2009

Résurgences narvaliennes

Jean_claude_mini
L
a pièce baigne dans une douce lumière, éclairée seulement par quelques bougies disposées çà et là. Madame se prélasse dans un bain parfumé à la fleur de néroli tout en jouant du bout des doigts, un peu distraite, avec un jouet que son fils, sans doute, à laisser traîner là. Elle s'amuse à faire nager le poisson en plastique et devise mollement avec son jeune amant, Henri. Elle a rencontré ce jeune homme deux mois plus tôt lors d'une sortie à cheval. Arrivé depuis quelques minutes,  il est assis sur une chaise, près de la baignoire, aux côtés de Madame. Comme à son habitude, il porte une veste en tweed de confection anglaise et une casquette réalisée dans le même tissu. C'est ce souci du détail qui a séduit Madame la première fois. Henri a un côté gentleman farmer, viril sans être bestial, élégant sans être précieux.

L'adultère rituel a été et reste un des gros enjeux théoriques et empiriques de l'ethnologie. Ces dernières années, en particulier en France, un des points forts du débat scientifique était la caractérisation de l'adultère par un ensemble de traits plus ou moins serrés, plus ou moins larges et capables, selon les cas, de limiter ou d'étendre les référents empiriques.

Clémence, la femme de chambre, fait irruption dans la salle de bain de sa maîtresse. Le jeune homme se lève d’un bond, et fait ainsi tomber sur le sol son couvre-chef qu’il a gardé sur ses genoux jusque là. Il s'offusque de la conduite familière de la soubrette, mais celle-ci étouffe les récriminations qui sont sur le point de sortir de la bouche du bellâtre.
« Madame, c'est Monsieur, déclare-t-elle. Il arrive. Il vient de rentrer sa voiture au garage. Il sera là d'une minute à l'autre.

À trop débattre sur la présence ou l'absence de tel ou tel trait et en particulier de la dimension religieuse, elle-même associée à des définitions différentes, on risque de s'inscrire dans un processus circulaire sans fin et d'oublier de regarder « ce qui se passe » quand les gens accomplissent... ce que certains appellent (et d'autres non) un adultère.

À ces mots, le jeune amant blêmit. Sa maîtresse l'a pourtant assuré que jamais son mari ne rentre sans prévenir. Pris de panique, il se précipite vers la fenêtre espérant éviter ainsi une confrontation, toujours embarrassante, avec le mari trompé. Mais Clémence le retient par le bras, l'entraîne sans ménagement hors de la salle de bain.
« Suivez-moi Monsieur Henri, vous sortirez plus facilement par la porte de service, et vous ne risquerez pas de croiser Monsieur.
Pendant ce temps, Madame, toujours dans son bain, s’efforce d’afficher un air naturel, se préparant à l’entrée de son mari.

Je ne suis pas nécessairement pour l'adoption de la posture « étique » qui réserverait la mention « adultère » à un ensemble caractéristique de gestes et d'activités marqué du sceau surnaturel ou transcendant, au nom de l'autorité de « la » tradition scientifique, elle-même largement dépendante de l'usage ecclésiastique du terme.

- Déjà de retour, mon ami ? fait-elle semblant de s’étonner lorsqu’il se présente. Mais que me vaut le plaisir de vous voir de si bonne heure ?
- Mais notre anniversaire, ma chérie. Avez-vous donc oublié que cela fait aujourd'hui douze ans que nous sommes unis pour le meilleur et pour le pire ? J'ai pensé, qu'à cette occasion, ceci pourrait vous faire plaisir.
Tout en prononçant ces mots, il sort de la poche de sa veste un écrin de velours dans lequel repose une magnifique paire de boucles d'oreille dont les pierres scintillent de mille éclats sous l'effet des flammes vacillantes des bougies.
- Des diamants, pour l'éternité de mon amour pour vous, ma chère, lui dit-il, et des rubis, pour la passion qui ne tarit pas en moi.

Quant à la posture « émique », elle n'est guère discriminante, toute action ou séquence d'actions pouvant pratiquement être qualifiée d'adultérine, pour marquer soit de façon neutre sa régularité, soit de façon ironique, polémique, en tout cas négative, son caractère routinier, stéréotypé, soit, de façon positive et valorisante, son caractère religieux, sacré, disons important et sérieux. (Le jeu de qualification-accusation mériterait par ailleurs une exploration ethnographique.)

Éblouie par la beauté de la précieuse parure, Madame se lève, découvrant ainsi sa nudité aux yeux gourmands de Monsieur qui in petto remercie le destin de lui avoir permis de croiser le chemin d'une femme aussi belle. Telle une enfant, elle se pend au cou de son mari, heureuse du présent qu'il vient de lui faire, reléguant pour l'heure le jeune Henri aux oubliettes.

Ainsi, les données émiques mais aussi des ressemblances de fait se heurtent à l'utilisation trop réservée des termes « cocufiage » ou « adultère » ; d'un autre côté, l'usage tous azimuts de ces notions se heurte tout autant à l'appréciation des « natifs » et aux différences de fait entre un ensemble de phénomènes tels la messe, le match de football, le lavage de sa moto ou le baiser matinal à sa secrétaire.

C'est alors que Monsieur, apercevant par-dessus l’épaule de sa femme le contenu de la baignoire, déclare : « Il semblerait que l’eau, contrairement à ce qu’affirme la municipalité, ne soit pas tout à fait sans impureté. »

Faut-il alors mettre entre parenthèses la question de la définition - toujours arbitraire - de l'adultère et passer d'une situation analytique où tout est adultérin à une autre où rien n'est cocufié ?

À la surface de l'eau, à côté du narval en plastique qu'il a offert à son fils la veille et qu'ils ont fait nager ensemble, complices, dans cette baignoire, flotte la casquette en tweed que le jeune amant, dans la précipitation, a abandonnée sur le sol de la salle de bain ; casquette que Madame a juste eu le temps de dissimuler sous son postérieur avant l'entrée de son mari, et que la paire de boucles d'oreille lui a fait oublier.

7_vert

Posté par Les 7 mains à 09:00:00 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
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Commentaires sur Résurgences narvaliennes

    Narval avait bien prévenu qu'il interviendrait à nouveau sur ce blog. Mais s'il n'avait pas commencé, sous la pression du mardi, par troquer le pseudo de Nerval pour celui de l'encorné des profondeurs, votre enquête sur l'adultère aurait pris une toute autre tournure. Nerval dans la baignoire de Madame... Même en plastique... Quelle posture adopter? Comment interpéter une telle donnée...
    Comme quoi une simple lettre...

    Posté par Stéphane Prat, dimanche 12 avril 2009 à 10:02:42 | | Répondre
  • PERISCOPE

    Caractéristiques des sous-marins type Narval.


    AVANT REFONTE EN SOUS-MARIN DE CRITIQUE DE LECTURE DE BLOG

    Ces sous-marins océaniques d’attaque à double coque (entièrement soudée) ont été conçus par le Service Technique des Constructions Navales. Six unités ont été produites pour la Marine nationale :

    Q 231 - Sous-Marin Narval S631 : mise sur cale en 1951, mise en service en 1954 (Cherbourg) désarmé en 1983.

    Dimensions :
    Longueur : 77,63 m.
    Largeur : 7,82 m. -
    Tirant d’eau : 5,4 m.

    Déplacement :
    En surface : 1645 t.
    En plongée : 1910 t.

    Propulsion :
    Diesels propulsifs Schneider 7 cylindres 2 temps (2 x 1618 Kw).

    Distance franchissable :
    En surface : 23000/10 noeuds.
    En plongée : 230/5 noeuds.

    Autonomie : 90 jours.

    Performances :
    Vitesse en surface : 16,5 noeuds.
    Vitesse en plongée : 19 nceuds.

    Immersion opérationnelle 200 m.

    Armement :
    6 TLT AV 550
    2 AR 550 (14 torpilles de réserve).

    Equipage 50 officiers mariniers et matelots, 7 officiers.


    AFFECTATION DES SOUS-MARINS TYPE NARVAL

    Le Narval et le Marsouin arrivés en juin 1958 et l’Espadon affecté à Lorient en novembre 1961 ne quitteront jamais leur affectation initiale jusqu’à leur désarmement en juin 1983 et novembre 1982.

    Le Morse est affecté à Lorient en juillet 1962. 11 sera désarmé en octobre 1986 à Kéroman. Au cours de sa carrière il passera trois années affecté en Méditerranée (d’avril 1969 à avril 1972).

    Le Requin affecté à Lorient en août 1959 passera la totalité de sa carrière opérationnelle sur la façade atlantique jusqu’à août 1980 avant de subir une dernière refonte. Il devient alors sous-marin expérimental en Méditerranée au moment de l’avènement des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins du type M4.

    Le Dauphin suivra son exemple de décembre 1959 à mai 1990 à l’exception d’une période de 30 mois qu’il passe à Toulon (de juillet 1986 à février 1993


    MISSIONS PRINCIPALES DES SOUS-MARINS TYPE NARVAL

    De juin 1958 à janvier 1963 :

    La mise au point des moteurs des Narval et les concours pour l’entraînement des forces navales de surface et aéronavales font l’essentiel de l’activité des Narval. Cependant quarante cinq pour cent de l’activité des sous-marins se déroule en Méditerranée.

    De janvier 1963 à octobre 1969 :

    L’entraînement spécifique aux forces sous-marines constitue la moitié de l’activité. Quarante pour cent sont consacrés à l’entraînement mutuel avec les forces de surface et aéronavales. Essais divers, expérimentations constituent le reste du domaine d’emploi des sous¬marins Narval. En particulier c’est en septembre 1969 que la « valise » (1) est mise en place (en sept heures) sur le pont du Requin.

    Les années soixante dix et quatre vingts :

    L’affectation du BSL Rhône (2) depuis 1965 permet de soutenir les sous-marins de l’Atlantique au delà du port base. La première moitié des années soixante dix verra essentiellement les déploiements des Narval vers le nord de l’Atlantique dans le cadre de la création du guide de patrouille au profit de la FOST (3).

    Les années quatre vingts seront consacrées au soutien de la FOST et au déploiement en Atlantique (jusqu’aux côtes d’Afrique de l’ouest) ou en Méditerranée pour des patrouilles et des exercices avec les forces navales et aéronavales françaises.

    (I) valise : conteneur fixé sur le pont et permettant d’embarquer un petit sous-marin pour nageurs de combat.

    (2) BSL : Bâtiment de soutien logistique.

    (3) FOST : Force Océanique Stratégique.

    Posté par Narval, dimanche 12 avril 2009 à 11:31:50 | | Répondre
  • Narval, le retour

    Content de vous retrouver, cher Narval, facétieux et complice. L'insubmersible Narval refait donc surface, durablement je l'espère, même si au regard de votre commentaire ce modèle de sous-marin semble ne plus être en service depuis les années 80. Je suis sûr qu'il peut encore servir pour la navigation de plaisance. Car je le dis haut et fort, la guerre c'est nul.

    Posté par JCL, dimanche 12 avril 2009 à 12:18:19 | | Répondre
  • Euh...Interpréter, bien sûr... Encore une histoire de lettre, mais cette fois involontaire.

    Posté par Stéphane Prat, dimanche 12 avril 2009 à 12:36:34 | | Répondre
  • Euh...Interpèteur, bien sûr...

    Naval interpète pour couper les sous-malins.

    Mieux vaut un pet sonore qu'un doux zéphyr qui vous trahit tout bas.

    Mais Monsieur Lalumière, vous êtes injuste avec la guerre, la guerre est source de fantastiques progrès chirurgicaux, voir Dalton Trumbo's movie : Johnny Got is Gun.

    La guerre en sous-marin ça fait des superbes idées de film, voir le génial Das Bot du réalisateur allemand Wolfgang Petersen.

    La guerre ça vous envoie l'humanité dans la lune, voir la série la conquête de l'espace par le génial nazi reconverti à la conquête pacifique des étoiles. J'ai nommé le célèbre Werner von Braun récupéré avec ses calculettes et ses acolytes par les américains à Dora, un super camp de concentration de matière grise que ce bouffi dirigeait pour lancer sa série de fusées d'abord sur Londres et puis sur la Mer de la Tranquillité : V1, V2, Mercury, Gemini, Apollo...un petit pas pour l'humanité et un grand pas en arrière pour la conscience historique et l'humanisme.

    La guerre ça nous a laissé Internet, ce système que les généraux américains nous ont laissé gratis pro deo pour passer nos dimanches agrippés à nos claviers.

    Vous êtes ingrat avec la guerre Herr Lalumière.

    Joyeuses Pâques à tous.

    Posté par Narval, dimanche 12 avril 2009 à 15:42:44 | | Répondre
  • à Stéphane Prat

    Un narval dans nos baignoires avec lequel nous jouions, complices... et comme disait la chanson, "le plastique c'est fantastique".

    Posté par JCL, lundi 13 avril 2009 à 09:30:47 | | Répondre
  • à Narval

    C'est vrai, je suis ingrat, la guerre, c'est quand même les joies du scoutisme (dormir à la belle étoile, faire cuire sa popote, tendre des pièges, couper du bois pour faire des ponts sur la rivière Kwai...) à la portée des adultes. C'est pas tous les jours qu'on peut retomber en enfance...

    Posté par JCL, lundi 13 avril 2009 à 09:37:06 | | Répondre
  • Interdit au dessus de 10 ans

    D'ailleurs je suis pour interdire l'accès aux salles aux plus de 10 ans d'âge pour le 99% des films de guerre amerloques...

    Posté par Narval, lundi 13 avril 2009 à 10:59:33 | | Répondre
  • 1%

    Et garder le meilleur (1%) pour les adultes ? Ca me rappelle les samedis où les parents invitent des amis à dîner : on fait manger des pâtes aux petits dans la cuisine pendant que les adultes dégomment du premier choix arrosé de premiers crus.

    PS : Johnny got his gun, très bon. Qui sait ce que Trumbo aurait pu produire sans la chasse aux sorcières ?...

    Posté par JCL, lundi 13 avril 2009 à 23:01:34 | | Répondre
  • 95%

    Ce n'est pas moi qui ai inventé cet exagération fictive à propos du cinéma américain. L'auteur en est Robert Altman. Commentant le fait que l'empire, l'emprise de l'imagerie au cours du dernier siècle voit passer les films des "chefs d'oeuvres en noir et blanc", encore fortement tintés et inspirés de littérature aux hollywooderies supertechno dont il résume ainsi le niveau : "Le cinéma américain devrait, à 95%, être interdit aux plus de dix ans.".

    Oui pourquoi je vais moins au cinéma aujourd'hui qu'à 20 ans ?
    La passion de mon adolescence fascinée les engloutissait à la pelle.
    Matinée, soirée, nocturne. on était alors capable de voir 5 films de la journée-soirée-nuit. Des centaines d'heures de séances au Quartier Latin, désertant les études.

    Et pourtant cette précipitation s'est apaisée, se renverse, se retourne contre son irrésistibilité.

    Le cinéma dans son ensemble, l'écran sous toutes ses formes est devenu une école de ... "Plus brièvement ! il se fait tard" Aujourd'hui on attribue les pensées au cinéma à l'émoussement des sens, à l'ennui, à la frilosité, à la vieillesse ennemie, au fameux naufrage et à la lente agonies des dernières décennies.

    Mais la question est autre. Y a-t-il un nouveau sublime à l'oeuvre dans la dégénérescence, dans la déconstruction ? Comment se tenir à l'impossible à quoi tout tient ?

    Posté par Narval, mardi 14 avril 2009 à 00:25:31 | | Répondre
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