vendredi 3 avril 2009

Chroniques d'un super-héros, 7

Fabrice_mini
Q
u’allait faire Pétrovitch ? Continuera ? Continuera pas ? La question était sur toutes les lèvres. Je suis persuadé qu’ils avaient discuté l’affaire, consacré leur soirée à mon cas, lancé des paris… Ils m’attendaient maintenant que le facteur sonne et que le destin bascule. Ou pas.

« Le postier est là, Madame Humbert… » ai-je dit sans même lever les yeux de mon ordinateur, comme si la cause était entendue. Plus la peine de discuter. Ma voix était calme, sereine. Elle m’a regardé avec un air abattu, résigné, et s’est levée. J’étais sur une voie glorieuse. Profitant de mon avantage, j’ai confié diverses tâches à ma voisine de bureau, redevenue ma fidèle assistante : elle a rempli des chèques, traité la pile de notes de frais qui s’accumulait sur mon bureau et passé une dizaine de coups de fil… J’ai senti ma cote de confiance grimper au fil de la matinée. De manière inversement proportionnelle, ma voix régulée par la confiance avait baissé d’une octave : mes interlocuteurs, au téléphone, pensaient avoir affaire à Humphrey Bogart. Je vivais des heures lumineuses, mémorables. À midi, mon directeur, Monsieur Grany, avec lequel j’avais peu de relations, m’a proposé de déjeuner avec lui. Il m’a emmené dans un restaurant chic, surplombant les Buttes-Chaumont, et a insisté pour m’inviter (autant dire que je n’ai pas refusé). Café, cognac, cigare, tout y est passé. Il voulait prendre de mes nouvelles, savoir si tout se passait bien dans mon service. Il m’a posé tout un tas de questions, mine de rien, comme s’il me soumettait à un test de personnalité. Je n’avais pas de cases à cocher, mais je pressentais l’importance de mes réponses : mon avenir en dépendait. Monsieur Grany, d’habitude peu disert, m’a confié les projets qu’il bâtissait pour sa retraite, à présent imminente (il nous quitterait avant l’été). Il avait l’intention de s’installer en Irlande où, si j’ai bien compris, il se partagerait - sans préciser l’ordre prévu - entre les pubs, sa femme et la pêche à la mouche. Ne connaissant ni sa femme ni l’Irlande, de surcroît peu amateur de bière, je n’ai fait aucun commentaire.
Je suis revenu plus tard que d’habitude au bureau, un peu grisé par ce repas copieux. Madame Humbert avait abattu un travail considérable et j’en ai profité pour souffler un peu.

(…) A suivre

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Posté par Les 7 mains à 09:00:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires sur Chroniques d'un super-héros, 7

    Bogart

    Vivement vendredi prochain.
    J'adore : " Mes interlocuteurs, au téléphone, pensaient avoir affaire à Humphrey Bogart."

    Posté par michèle pambrun, vendredi 3 avril 2009 à 09:24:01 | | Répondre
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