lundi 30 mars 2009

Lettre 7

Marc_mini

Géraldine Bouvier
Éditions Dès demain – Paris 6ème                             Paris, ce lundi 30 mars 2009


Marc,

Jérémiades, ce ne sont que des jérémiades. Êtes-vous donc à ce point inquiet de ne pas trouver un autre éditeur pour ramper de la sorte ? aussi peu sûr de votre talent (et de votre entregent) ? En tout cas, vous vous couchez devant moi presque aussi vite que dans la lingerie de la belle Nauton.

Cessez donc de vous plaindre, Marc. Non, je n'ai pas décidé "d'en finir" avec vous. Contrairement à vous, je ne mélange pas tout. Vous n'êtes pas le premier dépravé libidineux que j'éditerai : j'en ai plein le catalogue. Et ne pensez pas que je vous fais une fleur en vous publiant, je ne fais que mon métier. Je m'intéresse à l'écrivain en vous : l'homme, à ce jour en tout cas, me répugne. Jusqu'à ce numéro sinistre, et cynique, que vous donnâtes hier soir encore, aux Deux Magots, entouré d'une jeune garde plus allègrement débile que gravement trentenaire. Pensez-vous œuvrer  à ce que vous appelez pompeusement "l'érection d'une civilisation littéraire" en vous affichant avec quelques demi-portions de la vacuité romantique ? que ces jeunes vantards de bonne fortune aux ongles limés et cheveux brillantinés ont quelque chose à voir avec ladite civilisation ? qu'il suffit d'avoir une peine de cœur pour invoquer Proust ? de truffer ses textes de points de suspension pour se rendre digne de l'héritage de Céline ? Allons, allons ! Vous êtes un schnock, et de la race des vieux qui plus est, vous ne jurez que par les siècles passés et "la réclusion littéraire" (le titre d'un de vos livres, au cas où vous l'auriez oublié). Vous n'acceptez la modernité que lorsqu'elle est assumée, anglo-saxonne. Vous abhorrez ces blancs-becs franchouillards qui publient à L'Infini parce qu'ils ont purgé le dictionnaire des synonymes et se terminent au champagne à L'Alcazar entourés de gourgandines montées de leur province. Nous en avons suffisamment ri, tous deux, pour que vous ne vous vautriez pas aujourd'hui dans leurs poubelles et dans ce qu'ils veulent bien vous abandonner de leur bombance. N'espérez pas en tout cas y trouver la clé du succès : vous n'y trouverez que de quoi nourrir davantage votre désolation d'un temps qui, décidément, n'est pas le vôtre - c'était, je le croyais alors, ce que nous avions en commun.

Que s'est-il passé, Marc ? Où êtes-vous ?

Géraldine.

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Commentaires sur Lettre 7

    C'est plutôt un compliment d'être libidineux quand ce n'est pas accolé à "vieux".
    Un temps qui n'est pas le vôtre.
    il appartiendrait à qui, le temps actuel, c'est la question que beaucoup se posent.
    si les trentenaires ne se l'approprient pas, à qui est-il ?
    à des vieux qui s'accrochent ?

    Posté par Rosa, lundi 30 mars 2009 à 10:06:33 | | Répondre
  • D'ici Lundi prochain, Baresi (Il, l'affaire des filles) sera libre de tout contrat...
    Pensez-y.

    Posté par Stéphane Prat, lundi 30 mars 2009 à 10:19:51 | | Répondre
  • @ Rosa. D'autant qu'en plus d'être "vieux", le "libidineux" en question est également "dépravé". Disons que cela fait tout de même beaucoup pour un seul homme... !
    Quant au temps, mon dieu appartient-il seulement à qui que ce soit ? Ni aux jeunes qui en rêvent, ni aux plus anciens qui en désespèrent. Quoi qu'il en ait, l'homme ne peut se rendre maître et possesseur de la nature...

    @ Stéphane Prat. Je crains que Baresi soit un peu cher pour notre auteur... Et sommes-nous complètement certains de ce qu'il éprouve à l'égard de cette Bouvier... ?

    Posté par Marc V., lundi 30 mars 2009 à 19:05:07 | | Répondre
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