lundi 23 mars 2009

Lettre 6

Marc_mini

Géraldine Bouvier
Éditions Dès demain – Paris 6ème                             Paris, ce lundi 23 mars 2009

Marc,

C'était donc ça ! Dire que je me faisais un sang d'encre pour vous. Que j'en concevais des insomnies. Que je m'accusais d'un silence que je n'attribuais, sotte que je suis, qu'au dépit jeté dans ma dernière lettre. Que je m'en voulais, même, de n'être peut-être pas étrangère à la panne du grand écrivain. Eh bien non : monsieur l'auteur flambait, monsieur l'auteur découchait, il tenait salon, il écumait les cocktails au bras d'une pondeuse de best sellers ! Dicton de saison pour votre inspiration en berne : couille molle face à la page blanche celui qui au plumard s’épanche. C'est d'un banal... Si l'on m'avait dit, il y a une semaine encore, que vous aviez été vu faisant le beau grisonnant au bras d'Armelle Nauton, j'aurais immédiatement pris ça pour de la malveillance - vous savez, cette malveillance que l'on porte aux gens qui ont un peu de succès. Mais je vous ai vu, de mes yeux vu, bouche en cul de poule et pendu aux basques de cette professionnelle du quick book qui trimballe son petit cul et ses gros nichons partout où il y a de la mauvaise salive, et qui se fait vomir après les petits fours et joue des coudes dans les couloirs de TF1. Bravo, l'écrivain.

Et ne vous avisez pas de me parler d'un coup de foudre. Parlez-moi plutôt de votre ressentiment, de votre soif de reconnaissance et de votre morale à deux balles. Quid de vos sentences exaltées sur la "tentation incestueuse" (sic) du milieu littéraire ? quid de votre injonction, je vous cite encore, à "demeurer dehors", à "n'élire domicile que dans un foyer attisé par les feux de l'esprit" ? C'est de vous, vous l'avez écrit. Eh bien ce n'était qu'un fonds de commerce : il suffisait d'une femelle.  Et ce n'est pas elle, mais bien vous, qui salissez notre dernier dîner, nos sourires, la tendresse à peine contenue de nos effleurements...

Pensez-vous vraiment que ça marche comme ça ? Qu'il suffise d'afficher une idylle de série B avec la Nauton pour trouver un lectorat ? C'est ça, vraiment, le désespoir de l'écrivain incompris ? De toute façon, je ne donne pas cher de votre idylle. Vous croyez que cette allumeuse vous trouve du charme ? qu'elle a succombé à votre intelligence ? Vous êtes-vous seulement posé la question de ce que vous lui rapportiez ? de l'intérêt bien compris de cette demi-punk en bas de soie ? Quel mérite et quel intérêt peut-on bien avoir à tourner la tête à un déjà vieux bonhomme qui s'exalte à la seule idée de ce que le Tout-Paris pourra en dire ? C'est pas la Belle et la Bête, c'est un mauvais Labiche. Tout juste de quoi faire rire dans "Au théâtre ce soir". Un mariage de raison commerciale conçu par des mentalités de nouveaux riches. Vous savez quoi ? Pour elle vous n'êtes déjà qu'une vieille chaussette. Un truc qu'on utilise quand on en a besoin avant de le négliger au fond du panier à linge sale. Vous n'avez donc pas compris ? De vous elle ne prend ni votre corps, ni votre bouche, ni votre sexe ni quoi que ce soit d'autre : seulement votre image. Vous lui permettez de passer pour autre chose qu'une lolita de l'édition ; de passer enfin pour ce qu'elle ne sera jamais - et dont vous-même semblez faire le deuil : un écrivain.

Je pensais qu'en sus d'être un écrivain, vous étiez un homme ; je m'étais trompée : vous n'étiez qu'un homme comme les autres. Je ne sais pas ce que nous allons devenir, Marc. Il est possible que le destin de cette lettre, si malheureuse au fond, si peinée, si affligée, soit simplement de clore une correspondance que, peut-être, nous n'aurions jamais dû entreprendre.

Géraldine Bouvier

7_rouge_vif

Posté par Les 7 mains à 09:00:00 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
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Commentaires sur Lettre 6

    Oh oh !!! Le temps se gâte on dirait !!!

    Posté par SB, lundi 23 mars 2009 à 09:19:35 | | Répondre
  • Ouille!

    La Bouvier à bien raison de rappeler le fier proverbe arabe:
    ""couille molle face à la page blanche celui qui au plumard s’épanche.""...et avec la Nauton en plus?

    je pleure sur mon clavier que la rouille menace...Un alexandrin, bordel!
    Aglagaie

    Posté par aglaé, lundi 23 mars 2009 à 09:58:08 | | Répondre
  • "je pleure sur mon clavier que la rouille menace...Un alexandrin, bordel!"

    Et on a frôlé la contrepétrie ! En attendant, gardons nous bien d'avoir les rouilles en cage...

    Posté par SB, lundi 23 mars 2009 à 10:05:17 | | Répondre
  • Les femmes...

    Faites profil bas, regardez vos pieds et offrez-lui des fleurs.

    Non tiens, offrez-"leur" des fleurs, aux deux. Jouez sur les deux tableaux (je voulais mettre pianos), qu'est-ce que ça vous coûte à part une bouche en cul de poule de plus ?

    Et puisque votre morale ne vaut que deux balles...

    Posté par Perrine, lundi 23 mars 2009 à 10:13:00 | | Répondre
  • @ sb : L'erreur en effet à ne pas compromettre serait de sous-estimer Géraldine Bouvier l'éditrice. Elle est plus et mieux qu'une éditrice lambda. Elle a du nerf, de l'orgueil, de l'ambition, et surtout du COEUR !

    @ Aglaé :
    Ne versez de larmes à cette heure
    Qui ne fussent point de bonheur...

    @ Perrine : Croyez-vous que j'en décide ?! Que ces deux tourtereaux contrariés m'obéissent ? Ah, que ne donnerais-je pour mettre un peu de baume sur leurs plaies !
    (et au passage : concept sympathique, votre blog...).

    Posté par Marc V., lundi 23 mars 2009 à 11:47:42 | | Répondre
  • Ah! que ne donnerai-je?

    On dirait une chanson....

    Ah! que ne donnerai-je
    Pour ces deux tourtereaux
    Consoler le mal heur
    Que la Bouvier inflige

    aglaquatraine

    Posté par aglaé, lundi 23 mars 2009 à 14:50:12 | | Répondre
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