lundi 16 mars 2009

Lettre 5

Marc_mini

Géraldine Bouvier
Éditions Dès demain – Paris 6ème                             Paris, ce lundi 16 mars 2009

Marc,

Vous êtes incorrigible. J'ai peut-être fauté par imprécision de langage, mais je n’ai jamais voulu sous-entendre que les nouvelles appartenaient à un "genre mineur". Ce n’est pas parce qu’elles sont moins rentables que le roman que je ne les considère pas. Je vous ai simplement dit, permettez que je me cite dans ma dernière lettre : « je vous attends sur ce roman. » Point. Pourquoi finissons-nous toujours par nous méprendre ? quelle dérive paranoïaque vous induit-elle systématiquement en erreur ? pourquoi finissez-vous toujours par penser qu'un éditeur n'a de relations avec ses auteurs que condescendantes ?

Il se trouve que j'ai croisé votre ancien éditeur, pas plus tard qu'hier soir. Permettez que je vous rapporte ses propos : "Il nous déteste. Pour lui nous sommes de la race des usiniers, des fabricants, des commerçants. Il ne nous fait pas plus confiance qu'à un promoteur immobilier. C'est ça, son problème, c'est qu'il ne nous fait pas plus confiance qu'il ne se fait confiance". On ne saurait mieux dire. Ou plutôt, si : la vérité est que vous nous déniez toute légitimité. Désolée, Marc, mais je ne travaille pas à la chaîne pour simplement produire et diffuser vos grandes œuvres. Et vous, quelle légitimité ? Votre lectorat ? Parlons-en ! Combien de divisions ? 500 ? 1 000 ? Vous me demandiez l'autre soir les chiffres de vente de votre précédent bouquin ; j'ai vérifié : 879. De quoi faire trembler la concurrence ! Je comprends mieux pourquoi vous aimez Houellebecq : ce n'est pas sa littérature que vous aimez, c'est son amour de l'échec, sa complaisance morbide à se savoir haï, son goût tellement convenu pour la décadence. Au moins y a-t-il une différence entre lui et vous : il vend, lui.

GB

PS - Je vois d'ici votre petit sourire complaisant. Vous pensez : "ça y est, elle se dévoile, elle n'en a, au fond, que pour le fric." Cette manière de voir vous rend aveugle. Vous finirez par n'être plus qu'un littérateur du ressentiment.

7_rouge_vif

Posté par Les 7 mains à 09:00:00 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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Commentaires sur Lettre 5

    880

    ...avec celui que j'ai failli me procurer....mais voilà, la Bouvier vend elle même ses petites crottes chéries....2 t à crottes? pas certaine...
    Marc, j'adore votre texte....
    Vous connaissez bien entendu les lettres de Céline à Gaston Gallimard? pas tristes non plus...
    Agla insomnie mais ce n'est pas vraiment désagréable ce silence de la maison pour lire les copains

    Posté par aglaé, mercredi 18 mars 2009 à 03:01:28 | | Répondre
  • Bouvier prototype d'elle même.

    Cher Marc,

    Vous m'aviez averti, Géraldine Bouvier n'est en rien un stéréotype, mais un prototype qui ne représente qu'elle même et pas la profession d'éditeur. Elle est en se sens imprévisible et vous n'avez en tant que son créateur plus prise sur elle. Elle aurait échappé à votre créativité, à votre écriture pour devenir un électron libre sur la planète livre.

    Cela se confirme avec cette dernière lettre. Elle veut vraiment vous soumettre, vous voir vous rendre avec armes et bagages, plumes et carnets Molesquines.

    Cette manière d'aller fouiner chez votre ancien éditeur, que par ailleurs elle raillait dans une de ses lettres précédentes, pour lui soutirer ses appréciations à votre égard est plus digne d'un agent des RG que d'une éditrice chargée de vous protéger et de vous transmettre l'énergie positive.

    Entre nous, je tiens à vous confier que je partage votre sensibilité sur la profession dont nous dépendons pour exister, atteindre nos lecteurs et gagner nos droits d'auteur qui nous permettent de poursuivre nos oeuvres.

    Oui, c'est ça, si je peux faire confiance aux propos que votre premier éditeur vous attribue, des usiniers, des fabriquants, des commerçants, on pourrait rajouter des usuriers, des boutiquiers, cher Marc.

    Et en effet comment faire confiance, comment respecter des gens qui comme les promoteurs immobiliers, loin de se préoccuper des intérêts de leur futur locataires ou acheteurs n'ont de yeux que pour leur carnet de commandes et leurs partenaires banquiers.

    Oui, ces gens n'ont vraiment aucune légitimité à nous parler sur ce ton, nous, que si nous n'existions pas, ces gens ne sauraient même pas nous inventer, tellement leur imagination est tarie de toute possibilité d'invention, de nouveautés.

    Et cette manière de vous jeter au visage vos dernières entrées de lecteurs...quelle incivilité, quelle goujaterie. Elle vous monte contre Houellebecq, sachant votre admiration pour lui. Elle vous retourne avec grande perversité les visions littéraires de cet auteur, que je respecte moi aussi pour son à-propos de vue sur les temps que nous vivons, à- propos que cet auteur où vous même pourriez bien retourner contre ces figures d'éditeur à la Bouvier.

    D'ailleurs la publication de ces lettres par vos soins, cher Marc, est un pas en ce sens, même plus, elles sont un livre, un roman en elles-mêmes. Mais vous vendez, Marc, ne vous laissez pas intimider, vous vendez et en plus vous l'intéressez la Bouvier, même si elle vous donne cette désagréable impression de vous rabaisser, de vous mépriser en tant qu'artiste, écrivain.

    Et pour finir elle vous prête des propos de socialiste de gauche, relique du Congrès d'Epinay et membre de la minorité du Ceres de Chevènement. Elle se gourre sur toute la ligne, elle ne sait qui vous êtes, elle a dans le fond si peur de vous et de devoir annoncer à son patron que vous les quittez pour la Losfeld.

    Vous devriez, cher Houelle' non excusez de mon lapsus, cher Marc, vous devriez les menacer d'aller éditer votre roman ailleurs à Paris. Bon nous n'en sommes pas encore là. Mais va falloir lui rabaisser le caquet à notre petite directrice et je compte sur votre charme et votre savoir faire cher Marc.

    Profitez du Salon du livre pour vous montrez avec la concurrence, acceptez quelques invitations à dîner, faites vous voir avec des grands noms.

    Dans l'attente de la suite de lundi prochain, veuillez croire mon cher Marc à ma solitude, ma grande solitude. Amicâlement vôtre.

    Narval l'intriguant.

    Posté par Narval, jeudi 19 mars 2009 à 23:01:05 | | Répondre
  • Marc s'est (un peu) montré au Salon, mais pas avec la concurrence. Il n'a pas osé. C'est un fidèle, et surtout, il me donne l'impression de savoir ce qu'il veut.

    Le problème, c'est que cette Géraldine-là, si fait montre de certains attributs assez convenus dans le milieu, n'en a pas moins son petit tempérament, et, surtout, sa volonté propre.

    Davantage encore, je me demande si elle ne joue pas elle-même à un jeu. Si elle est vraiment ce qu'elle paraître depuis le début, cet être à la fois carnivore, sans scrupule, parfumé à l'air du temps productiviste. Je me demande, vraiment. Après tout, nous avons tous un talon d'Achille, une faiblesse, une faille...

    Posté par Marc V., dimanche 22 mars 2009 à 16:50:01 | | Répondre
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