mercredi 11 mars 2009

La vieille école

Emmanuelle_mini
I
l y en a deux. Deux femmes. Deux beaux morceaux, précisez-vous. Comme si cela pouvait me mettre dans de meilleures dispositions envers ce que personne n’appelle encore votre œuvre. Morceaux, non mais quelle prétention ! Dans le gîte, je suppose ? Vous êtes mal tombé, je suis végétarienne. Et disposée surtout à lutter contre l’avilissement de la femme par son image. Celle que vous lui donnez. Par vous, j’entends les hommes. Mais non, pas féministe, tout juste raisonnablement humaine, tous sexes confondus. Et pourtant, me voilà prête à vous aider, à vous seconder s’il le faut dans votre vocation farcesque... Je plagie parfois très indistinctement des auteurs morts, il faudra vous y faire, quelques-uns bougent encore en dépit des années qui, le temps de se retourner, deviennent déjà des siècles. Tout cela pour vous dire que j’accepte. Oui, j’accepte de vous aider, faites-vous à l’idée d’en ignorer la raison, tout comme il vous faudra sans commentaire aucun accepter mon verbiage. Le secret de cette entente muette ? Sans doute cette lueur obscure dans vos yeux, ou bien plus simplement la longueur de vos cils, leur épaisseur nocturne, cette douceur enfantine qu’ils donnent à votre regard. Ou encore la largeur peu commune de vos épaules, j’ai un faible pour les carrures de boxeur, enfin, allez savoir, moi je renonce. Eh bien, c’est d’accord. Nous ferons donc affaire. Une toute petite affaire, bouclée tant bien que mal, et aussi vite que possible, j’ai d’autres chats à fouetter de mon côté, un livre sur le feu, le dix-huitième, je ne le dis que pour vous impressionner, et je suis certaine d’y parvenir, tant vous me semblez sensible aux chiffres. Mais j’aime mieux vous prévenir, au cas où cela vous aurait échappé : je suis de la vieille école, celle qui embête ses élèves en leur serinant qu’elle est obligatoire ; celle qui ressasse, qui répète à l’envi que c’était mieux avant, celle qui croit dur comme fer à la beauté de l’accent circonflexe et du subjonctif imparfait, à l’utilité du point-virgule, à la nécessité du travail, au décompte des pieds jusque dedans la prose. À l’occasion, il se pourrait même que je cite Boileau, vous voici prévenu. Et vous êtes encore là. Vous me voulez vraiment ? Moi, moi, et rien que moi ? Un mètre cinquante cinq pour quarante-huit kilos, sur la pente douce de l’âge, celle de l’autre versant, côté nord ? Avec mes petites manies, mes petites rides et mes emportements futiles ? Avec ma foi en l’homme qui très souvent vacille ?… Fort bien, je vous suis, et notez  que vous l’aurez voulu, ne venez pas vous plaindre une fois que je vous aurai mis le nez dans le vif du sujet : je ne demandais, moi, qu’à ignorer votre existence, mais puisque vous persistez, allons-y. Où habitez-vous ? …Dans ce cas, prenons l’ascenseur, c’est un étage de trop pour moi. Nous y sommes. C’est bien là ? Septième gauche, mais oui, je vais entrer, ne poussez pas. Laissez-moi voir… type 2 assez mal tenu, propre à grand peine, on sent l’effort occasionnel, consenti de mauvaise grâce juste avant la visite, le fatras quotidien rangé à la va-vite ; vous êtes célibataire, incontestablement, votre habitat le prouve. C’est votre droit le plus strict, moi-même voyez-vous, un jour peut-être, je vous dirai pourquoi et comment l’âme sœur m’a définitivement lâchée… Mais revenons à votre affaire, et montrez-la moi, si petite soit-elle. Et n’abusez pas de mon langage, je vous sens tenté de dépasser mon propos, ou de lui infliger des orientations discutables. Vous avez un côté facétieux, et même pas l’excuse de la jeunesse. Côté attirant sans doute, et je ne serais pas la dernière à y succomber si je n’avais pas renoncé à toute faiblesse, mais côté qu’il faudra dépasser à tout prix si vous voulez percer et faire recette : le potache ne paie pas. D’ailleurs il cherche comme vous un travail mieux payé, et il y a fort à parier que lui, au moins, n’ambitionne pas de publier un roman, ce qui m’ôte une épine du pied : imaginez, si tout le monde se mettait à écrivailler en réclamant mon aide ? Montrez-moi, maintenant, ne soyez pas timide. Surmontez vos complexes, que diable, ou je m’en vais ! Vous m’aviez parlé de deux femmes : où sont-elles ? Au fond de ce tiroir ? Faites-leur prendre l’air, je suis garde la sortie. Je plonge, j’analyse, et je vous dirai mon fait.  À condition qu’il y en ait un.

7_rouge_vif

Posté par Les 7 mains à 09:00:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires sur La vieille école

    Excusez moi, je suis arrivé en retard...

    Pour Madame Emmanuelle Urien.

    Je ne connaissais pas votre plume avant de venir vous lire sur ce site que m'a recommandé mon ami Bertrand Redonnet. Eh bien, voici réunis ici des écrivains qui m'étaient tous inconnus, mis à part bien sûr Bertrand Redonnet et Georges Palante dont j'ai lu il y a quinze ans la relation qu'en avait faite un jeune inconnu d'alors Michel Onfray.
    Il faut avouer là que mes antennes, pourtant constamment en alerte, ne vous ont pas détectée plus tôt. Après avoir visité votre site personnel, j'ai mieux compris alors le pourquoi de mon ignorance coupable à votre sujet. Vous êtes passionnée du genre particulier de la "nouvelle", genre où vous semblez exceller et dont je ne suis pas grand connaisseur, non pas que je la trouve de peu d'intérêt, mais parce qu'à choisir entre acheter un roman et un recueil de nouvelles, mon choix est spontanément romanesque.
    Vous allez me dire que j'ai bien tort, que la nouvelle n'est pas un genre mineur, que la lecture d'un bon recueil de nouvelles vaut la lecture d'un roman, qu'il est même un roman en patchwork, mais l'économie finissant par trancher de tout, c'est vers les piles des romans fraîchement bâties que se tend toujours spontanément ma main et pour elles que se vide ma bourse si modeste par ailleurs.
    D'ailleurs la parution annoncée ici même, sur ce site, de votre premier roman me confirme que vous êtes aussi attirée que moi par ce genre. C'est d'ailleurs à l'appel de cette annonce que je vais répondre cette semaine, en allant acheter votre roman en même temps que le recueil de nouvelles de Marc Villemain, et grâce à votre duo complice, le lecteur que je suis pourra satisfaire sa passion du roman et sa curiosité un peu délaissée pour les nouvelles.
    Débarqué sur ce site un mois après son lancement, je dois me mettre à jour dans mes lectures, ce qui est fait pour Bertrand et pour vous Madame. Ainsi je peux vous confier ici que la lecture de vos quatre épisodes, je crois que l'on peut appeler cette édition hebdomadaire ainsi sans vous froissez, a été un plaisir surpris.
    Surpris par le choix du thème, la relation d'un auteur débutant et un peu perdu à la recherche d'une juste inspiration et de judicieux conseils pour son premier roman et surpris de cette forme confinée à l'univers exclusif du personnage principal qui fait et défait intrigue et dialogues. Mais je dois vous avouer que je me suis bien pris au jeu et votre faculté d'amener le lecteur là où vous voulez qu'il aille, a dû en agacer plus d'un, voire à chasser ou décourager les lecteurs avides d'action et impatients de rebondissements.
    D'ailleurs c'est en lisant la contribution d'un de vos admirateurs sur ce site, s'acharnant à commenter votre dernier roman, que m'est venue l'envie de vous lire plus qu'au rythme épisodique et hebdomadaire de ce site, je me vois contraint de remercier ici ce critique bénévole.

    En espérant que vous lirez ces quelques lignes, que je conscidère pour ma part comme un courrier de lecteur, je vous envoie mes salutations les meilleures.
    Philip Seelen.

    Posté par Philip Seelen, mercredi 11 mars 2009 à 13:42:39 | | Répondre
  • Touchante.

    En quatrième semaine, elle s'adoucit notre donneuse en conseil. Elle devient touchante et sa carapace cède par endroit.

    Ce face à face qui dure depuis trois semaine avec l'intrus mendiant-colporteur le transforme notre personnage, l'humanise bien qu'il résiste encore bien, mais on sent qu'elle a besoin de ce contacte, qu'elle a besoin d'aller plus loin.

    Elle a quelqu'un qui l'écoute sous la main, maintenant elle va vraiment se lâcher. On commence à décrypter le personnage, qui se dévoile physiquement et même intimement.

    Cher auteur je vous promets que nous allons être aussi collant que notre colporteur-mendiant qui lui aussi se dévoile petit à petit à notre regard par celui de l'héroïne à qui l'on s'attache comme à une bouée dans un océan d'inconnu.

    A la semaine prochaine. Fidèlement et attentivement. Narval

    Posté par Narval, mercredi 11 mars 2009 à 14:00:52 | | Répondre
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