mardi 10 mars 2009

Le fat et le fin

Bertrand_mini
O
ui, j’entends bien, j’entends bien, gente Madame Bouvier ! C’est un peu court en forme et léger en contenu. Je ne pêcherai aucun lecteur avec cet appât-là, mais surtout, surtout, vous déplaire, Madame, est au-dessus de mes forces… Et vous m’avez fait si peur : tomber dans le travers de Villemain ! Diantre, comme vous y allez, cruelle !  Redevenons donc sérieux dans nos rigolades, voici une vraie anecdote, à défaut d’une anecdote vraie,  plus cousue, plus ciselée, plus polie (du verbe polir que pous polissez si bien) et comme vous les aimez tant. Mais attention ! Le blog est dans le car ! Euh, la blague est dans le corps… La fin, il y a rien… On peut donc abandonner sitôt qu’on pense qu’on a trouvé une blague, amies lectrices, amis lecteurs, et chère Madame je ne sais plus qui que je me frappe la tête contre les cloisons de mon laxisme d’avoir déçue !

7_rouge_vif

Un crachin tout gris et tout mélancolique voilait le ciel de la Ville Lumière. Un vilain crachin de Toussaint et les automobiles sur les boulevards avaient allumé leurs feux. Les piétons le long des rues marchaient tête penchée et tâchaient en les saisissant à deux mains que le vent n’emportât pas leur parapluie qui, de temps en temps, sous une saute plus brutale du vent, se renversait, se faisait convexe, les baleines ridiculement torturées. Les pans des pardessus se soulevaient aussi et des mains s’agrippaient alors au chapeau, de peur qu’il ne prenne la voie des airs, dans toute cette grisaille agitée.
Un sale temps, vraiment.
Chauffeur de taxi de son état, Georges étreignait nerveusement de ses poings velus le volant de sa  405 Peugeot. Il était littéralement furibond.
Pas à cause de la météo. Il s’en foutait pas mal, lui, de la météo, bien au chaud dans son automobile. Non. C’est que la nuit allait tomber bientôt et qu’il aurait bien voulu que cette course en finisse enfin. Rentrer chez lui, il n’avait plus que cette idée en tête.  Il y avait ce soir un match de coupe d’Europe, en plus,  et un match de coupe d’Europe, nom de dieu, ça ne se loupe pas !
Surtout à cause d’un jobard pareil !
Car son client ne semblait pas du tout disposé à le libérer. Un client qu’il trimballait depuis trois heures au moins, de monument célèbre en monument célèbre, à travers le dédale harassant des embouteillages. Un Anglais. Un original. Pléonasme, vous me direz. Bon, pardon, mais c’est pas le problème…
A chaque halte devant une des fiertés architecturales et historiques de Paris, l’Anglois essuyait consciencieusement la buée de la vitre avec son petit mouchoir de fine dentelle, regardait, sifflait d’admiration, jaugeait, jugeait, et - ça avait commencé vers midi devant l’Arc de triomphe - y allait de sa ridicule petite question, toujours la même :
- Et combien de temps les Français ont construit cette monument ?
D’abord, Georges avait été pris au dépourvu et, l’histoire, l’architecture et tout le fourbi n’étant pas précisément sa tasse de thé, il avait gentiment répondu :
- Oh, disons… Moi je dirais... Allez, dix ans…
- Ah, sublime ! Sublime ! Mais, en Angleterre, nous mettons cinq ans, pour construire cette monument de la sorte…
Bon, avait pensé, Georges… Si tu veux… Moi, tu sais, j’m’en tape…
Puis, on était passé à la Concorde :
- Et combien de temps les Français ont construit cette monument étrange, comme sorte de tige ?
- Heu... Ça, je crois, j’voudrais pas dire de bêtise quand même, je crois que ça été construit en cinq ans.  A peu près, hein ? J’y étais pas, moi…
- Ah, sublime ! Sublime ! Mais, en Angleterre, nous mettons trois ans, pour construire cette monument de la sorte…
Il est fou, ce type ! avait pensé Georges. Qu’est-ce que j’en ai à foutre, moi, de leurs performances de maçons,  aux Anglais !
Et devant le Panthéon :
- Et combien de temps les Français ont construit cette monument ?
- Bah, ça, ça été vite fait. Deux ans ! Pas plus !
- Ah, sublime ! Sublime ! Mais, en Angleterre, nous mettons un an à peine, pour construire cette monument de la sorte…
Bon, j’ai compris, t’es vraiment à la masse, mon vieux… Ou il a bu, peut-être… Attends , tu vas voir le prochain. J’vais l’calmer, moi, ce vantard !
Ce fut devant les Tuileries :
- Et combien de temps bla bla bla bla bla bla ?
- Comment, vous ne savez pas ça ?  Mais qu’est-ce qu’on vous apprend, là-bas, sur votre île ? Ça, monsieur, c’est l’exploit, c’est la grandeur, c’est tout  le génie français !  Une semaine, monsieur ! Montre en mains ! Une semaine pour monter tout ça ! Vous vous rendez  compte ?
- Ah, sublime, absolument sublime ! Mais, en Angleterre, nous mettons trois jours pour construire cette monument de la sorte, savez-vous...
Putain, mais i va pas me lâcher avec ses conneries, merde ! J’en ai ma claque de toutes ses âneries ! Je vais le jeter, c’est sûr…
Et ce fut enfin la Tour Eiffel.
- Oh, oh, quelle splendeu, quelle splendeu ! Arrêtez-vous, je vous prie… Combien de temps ont travaillé les Français pour faire monument de fer de la sorte ?
- Quel monument ?
- Là, la tour…
- Où ça, une tour  ? Quelle tour ?
- Mais là, sur gauche…
- Ah ben ça, alors… Ben ça, alors… C’est la meilleure de l’année ! Elle était même pas là ce matin quand je suis passé !

7_rouge_vif

Posté par Les 7 mains à 10:40:00 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
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Commentaires sur Le fat et le fin

    On est dans les trois coups de théâtre, là !
    Pas mal, Monsieur Redonnet, pas mal ; Géraldine Bouvier risque de vous convier dans un prochain dîner...

    Posté par michèle pambrun, mardi 10 mars 2009 à 11:32:36 | | Répondre
  • L'intro...

    ...est excellente....aglamicalement...

    Posté par aglaé, mardi 10 mars 2009 à 11:44:01 | | Répondre
  • AH ! Il est là et bien là !

    Très Cher Raconteur,

    Heureux de vous lire enfin plus longuement et époustouflé par votre sens aiguisé de l'auto-promotion. Je vais retenir dans mes anales de l' action publicitaire ce magnifique revers lifté fond de court qui vous a permis ainsi de faire trois fois la Une des 7 Mains dans ce même set que vous remportez haut la Main.

    Et je salue votre marchand de kilomètres qui se distingue par son à propos parmi ses nombreux congénères, à leur habitude cons et lepénistes, qui pullulent sur le macadam parigot et qui, dans une autre réalité qui est parfois la mienne, se distinguent par leurs commentaires débiles que nous devons écouter sous prétexte que la science de Monsieur le Préposé au manche de vitesses serait du plus haut niveau.

    J'en ai gardé une petite pour fêter votre retour Monsieur le Désiré:

    Nous sommes en été 1950 à Paris, Place du Trocadero,sur la terrasse de L'Européen. De cette belle brasserie à touristes on peut admirer, tout en buvant une canette, la silhouette filiforme, légèrement cambrée et top élégante, de notre plus belle des parisiennes, la Tour Eiffel. Notre Dame de Fer à nous se dessine fièrement dans l'ouverture de l'Esplanade des Droits de l'Homme, entre les deux ailes du Palais de Chaillot .

    C'est devant cet époustouflant spectacle, élaboré pour les usagers des stéréoscopes "Le View Master" dont les disques perforés de minuscules dias en plastoches nous faisaient alors voir le monde en kodachrome et en relief, que va se dérouler l'action de notre baveuse à faire pleurer une vache folle.

    Deux Allemands, de retour en touristes sur les lieux de leur douce occupation, sont très très nostalgiques de leur deux ans de garnison aux ordres du Kommandandt de la Place du Gross Pariss, le Baron Herr General Dietrich Von Choltitz.

    Ils flânent sur cette esplanade magnifique où leur Führer, malheureusement tragiquement disparu dans un accident de chasse, au cours d'une partie organisée avec ses amis russes, au Zoo du Tiergarten de Berlin, avait salué la Tour un petit matin de juin 1940.

    Ils décident de s'arrêter pour Ein Bier sur la terrasse de l'Européen où ils avaient l'habitude de se désaltérer après leurs défilés pacifiques sur les Champs avec leurs kkaammaarraaddss de la Waffen SS.

    Mais ayant peur d'être reconnus par les loufiats, et de subir les avanies habituelles des vainqueurs, ce qui aurait gâché leur plaisir de touristes ex-occupants nostalgiques, là où ils étaient les Maîtres, il y avait encore peu, ils décident de se faire passer pour des Anglais.

    Persuadés que la méconnaissance légendaire des français pour les langues étrangères les mettraient à l'abris de toute mauvaise surprise, ils posent leurs Gross FeSSes de boches sur l'élégante terrasse et s'apprête à tromper le tablier vert qui s'approche d'eux pour prendre la commande dans leur anglais approximatif.

    - Garçon please ?
    - Yes Sir, je vous écoute !
    - Two Martini please !
    - Dry les Martini, Sir ?
    - Nein zwei !

    Ah ! La Chute ! Ce film sur les derniers jours d'Hitler, réalisé par Oliver Hirschbiegel, je vous le recommande, magnifiquement interprété par Bruno Ganz dans le rôle du Petit Kaporal déclinant.

    Bon j'me casse. A Mardi prochain. Narval.

    Posté par Narval, mardi 10 mars 2009 à 12:31:28 | | Répondre
  • Vu !

    Ah, Narval, vous m’avez démasqué d’un seul coup d’un seul : Cabotin et vénal, en plus !
    Mais, sans faire désagrément à votre perspicacité, avouez que je suis facilement « démasquable », hein ?
    Vous en connaissez beaucoup, vous, des faux-culs qui se vendent et qu’on peut identifier au premier coup d’œil, même avec votre regard acerbe d’oiseau de proie de la vérité, hein ?
    Ah, vous voyez.. .Vous réfléchissez…Des bribes de vécus sillonnent votre cerveau en feu…Bon dieu, mais…Ceux qui vous entourent, de près ou de loin, défilent, convoqués par la mémoire du justicier…Mais c’est sûr ! Il a raison cet empaffé, d’emmerdeur de Redonnet ! Les…Et vous voilà, parano…C’est bien fait !
    Mais vous êtes un honnête homme : comme je vous ai fait sourire avec mon chauffeur de taxi sarcastique, vous me faites rire avec vos deux nostalgiques décasqués d’avant l’Europe de l’acier et de la finance. Vous rendez au centuple.
    C’est pour ça que vous n’êtes pas riche. Moi non plus, j’suis pas riche. J’suis même en dessous du seuil de pauvreté tel que défini par Ségolène Royal qui, elle, a dépassé depuis longtemps le seuil de la connerie humainement supportable, même avec un QI aux abois.
    Mais je m’égare…Oui, la chute, ce film.. J’ai vu…Du temps que je vivais en notre belle France. Avant Sarkozy, ses poules et ses sous, pendant Chirac, ses vaches et ses bières, et après Mitrand, son histoire pas clair et ses écoutes lubriques ! Tiens , je me rends compte que, avec cette énumération intempestive, ce ramassis de renards argentés, i faut être con pour la trouver belle, la France. Même de loin…Belle de loin, loin d’être belle…
    C’est vraiment des enc …
    Bon, mais c’est pas ça que je voulais vous dire…C’était quoi, déjà ? Ah, oui, la chute ! Le film…J’ai vu disais-je et ben…j’ai trouvé, moi, en suçant mon Miko, tapi dans l’ombre puante d’une promiscuité de salle de La Rochelle, que l’architecte raté de Vienne, le gazé de 14, le bourreau sanguinaire d’après, hé ben … il était un peu trop humain…tremblotant…Cacochyme…On se serait presque laissé prendre au piège, ô combien funeste, de la pitié !
    Mais bon, c’est du cinéma… « C’est pas des images justes, c’est juste des images »…Et puis, l’important, c’est qu’il y ait une chute…Qu’il soit tombé…
    Quoi ? Comment ? Que dîtes-vous, Narval ?
    Qu’il est tombé sous les couteaux d’un autre bourreau ? Oui…Bien sûr…Un Géorgien, oui..
    Mais c’est ça l’histoire : des bourreaux qui poussent d’autres bourreaux sous le couperet et qui se mettent aux manettes de la guillotine…
    Les hommes, Narval ! Les hommes ! Quelle calamité, que les hommes !
    Comment ?
    Oui, les femmes aussi, bien sûr…
    Allez Tchao !

    Posté par Bertrand R, mardi 10 mars 2009 à 14:13:13 | | Répondre
  • Merdre in Frankreich

    Raconteur

    Vous voilà bien sévère avec notre Hexagone et ses autorités politiques librement choisies par sa population pas plus pas moins pusillanime que les populations voisines.

    14 ans de Faux cul de Jarnac, 12 ans de Châtelain de Bity, et maintenant 10 ans de jappements du Roquet de Neuilly, eh bien notre pays est enfin un pays sans ambition, un pays moyen, un pays des gens de la moyenne. Mais au moins foin de grands projets, de guerre, de culture d'Etat, on nous fout la paix.

    Je rêve de politiciens sans ambition et sans projet, qui gèrent pépères le quotidien.
    Foin de grandeur.
    Vive la France à plat ventre.
    Vive le parti des gens qui n'ont pas de parti.
    Mourrons pour des idées d'accord, mais de mort lente.


    Vous auriez préférer des grands hommes ?
    Des conquérants ?
    Des visionnaires ?
    Pas moi.

    Puisqu'il faut des politiciens selon notre Constitution mieux vaut Balladur que Jean-Luc Mélangeons ou Le Postier faux tendre joufflu chantre du combat contre les pistolets paralysants. Au moins triple jabots nous fait rire, vive la droite ridicule, à bas la gauche pisse froid, qui se prend au sérieux et qui à la carotte rouge entre les fesses.

    Narval abstentionniste français.
    Et la tendresse bordel !

    P.S Je vous rappelle que ce site est protégé contre les intrusions trop bruyante du réel.
    Ce site se veut partiellement retiré du monde.

    Posté par Narval, mardi 10 mars 2009 à 15:16:35 | | Répondre
  • Je vous demande de vous arrêter !

    Non, non, pas de panique, c'est pour imiter Louis Philippe Balle dans l'dur..Et c'est pas le bruit du monde, ça...Oh, oh, ce seriat plutôt mémoires d'outre-tombe !
    Moi, les Politiques, Narval, à droite, à gauche, au centre et même à l'écart, j'en fais un tous les matins...Quand ça veut rigoler...Puis, comme tout à chacun, je tire la chasse d'eau...Si elle est pas gelée !

    Posté par Bertrand R, mardi 10 mars 2009 à 15:32:01 | | Répondre
  • Deux fois

    Je vous demande de vous arrêter !
    Je vous demande de vous arrêter !

    Deux fois qu'il l'a dit. Deux fois !!

    Posté par Narval, mardi 10 mars 2009 à 15:39:15 | | Répondre
  • Vrai...

    Oui, c'est vrai....
    Des fois qu'être grotesque qu'une seule fois n' aurait pas été assez grotesque !

    Posté par Bertrand.R, mardi 10 mars 2009 à 16:48:23 | | Répondre
  • Merci Bertrand

    J'ai lu tes récits de comptoir, je n'ai pas compris tes débats avec cette Bouvier, qui est-ce, c'est la tôlière du Site ? Si c'est ça t'es pas gâté mon vieux, tu dois pas te marrer tous les mardis...une pisse froid non ? Bon, je n'insiste pas pour pas te mettre mal à l'aise avec ton éditrice. A moins que tout ceci soit du bidon, j'en serais pas si surpris de ta part. Mais les quelques échanges que j'ai eu sur ton site avec Marc Villemain m'avait donné l'image d'un mec réfléchi et un peux sérieux non ? Peut-être qu'en lisant toutes les contributions je commencerais à comprendre de quoi il retourne.

    J'ai lu la description de ce projet de cahier collectif d'écriture ça me paraît bien sympa. Je vais prendre le temps d'y revenir lire les 6 autres.
    Salut mon Frère et merci de m'avoir conduit ici. Philip

    Posté par Philip Seelen, mercredi 11 mars 2009 à 00:40:15 | | Répondre
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