dimanche 8 mars 2009

Mauvais trip

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T
jabar al Tariq, le rocher de Gibraltar. Il s’est dévoilé à mon regard bien avant que je ne touche au but. C’était comme une promesse. Celle d’un gros gâteau dont je voulais me payer une tranche, histoire de me sortir de l’ornière dans laquelle je m’étais fourré ; une dette de jeu qui avait duré trop longtemps. Et l’ornière était devenue abyssale, un gouffre.
J’avais mis deux jours pour descendre jusque là depuis Toulouse. J’avais quitté la ville rose où le soleil est souvent au rendez-vous, où il est agréable de bavarder à la terrasse d'un café, de découvrir le charme d'une place ou la fraîcheur d'une fontaine, de se promener autour du kiosque à musique du Grand Rond, de traverser le Jardin Royal ou le Jardin des Plantes par les passerelles fleuries qui relient ces jardins entre eux, ou encore de jouer Madame Butterfly sur le pont du Jardin Japonais à Compans-Caffareli... Sans oublier la sérénité des quais de la Garonne et des berges du Canal du Midi (classé "Patrimoine mondial de l'Humanité"). À pied, à vélo ou en bateau, le promeneur est charmé par des reflets mêlés bleus et roses que ciel et murs de briques peignent au fil de l'eau...

Je m’étais arrêté à Barcelone, pour voir si je ne pouvais pas y trouver l’objet de mon voyage. Je m’y étais perdu. Et après deux heures d’errance dans un dédale autoroutier, j’avais jeté l’éponge. Barcelone est devenue une ville à touristes qui se parcourt en Barcelona Bus Turístic à deux étages. Ce bus vous promène et vous fait découvrir, très confortablement avec un guide audio, les sites les plus fascinants et les plus intéressants de Barcelone. Vous pouvez monter et descendre du Bus autant de fois que vous le souhaitez, à n'importe quel arrêt ; il en existe 44 au total. Combinez les 3 itinéraires touristiques avec un seul billet - il y a six points de connexion - et laissez-vous guider ! Certes, c’est ce que j’aurais dû faire. J’avais repris l’embranchement vers le sud, promettant de ne plus me laisser distraire, de ne plus m’écarter du trajet que je m’étais fixé. Jusqu’au bout, j’ai ignoré les sorties vers les grandes villes qui me faisaient de l’œil comme des prostituées au bord de la route. J’ai laissé Valence, Alicante et Murcie derrière moi et j’ai tracé mon chemin. Pourtant, grâce à son excellent réseau de voies maritimes, aériennes et terrestres, Valence est l'un des principaux centres de communication de la Méditerranée espagnole. La région possède un vaste réseau routier, dont l'autoroute AP-7 qui parcourt le littoral méditerranéen et l’A-3 qui la relie à Madrid. Valence est également un important nœud ferroviaire offrant des services internationaux, longue distance et régionaux. Située en plein centre-ville, la Estación del Norte est la principale gare desservant les plus grandes villes espagnoles. Les trains Alaris, par exemple, effectuent le trajet Madrid–Valence en à peine 3 heures et demie, et Euromed relie Valence à Barcelone en 3 heures. À la périphérie de Valence se trouve l’aéroport desservant principalement Madrid, Barcelone, Palma de Majorque, Ibiza, les Asturies, Bilbao, León, Málaga, Séville, Saint-Jacques-de-Compostelle, Tenerife, Minorque, Vigo et Santander, pour ce qui est du territoire national, et le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France, l’Italie, la Roumanie et la Belgique à l’international. Pour sa part, le port de Valence offre des liaisons régulières en ferry vers Majorque, Ibiza et Minorque. Autant dire que Valence est une plaque tournante qui aurait pu satisfaire ma quête. Mais après ma déception barcelonaise, je me méfiais et préférais remonter directement à la source.

Après Murcie, la voie rapide s’est arrêtée. J’aurais pu prendre au plus court, droit devant, mais j’ai préféré bifurquer vers le sud, rejoindre la côte puis la suivre jusqu’à Gibraltar. Au fond, je n’étais pas très pressé d’arriver. Sans doute étais-ce de la trouille. Mais ce qui m’attendait si je n’allais pas jusqu’au bout de ce voyage était bien plus terrifiant. Je ne pouvais pas reculer. Il me fallait réunir l’argent avant dix jours. Zlatko avait été très clair. Il me prêtait la somme dont j’avais besoin pour rembourser ma dette ; ça ne lui posait aucun problème. Un mois après, je devais la lui rendre, avec une petite commission de vingt pour cent. Si je ne remboursais pas à la date convenue, il confierait le soin de conclure cette affaire à son cousin Dragomir, un sanguinaire qui obtient ce qu’il veut en passant au dénoyauteur les doigts de ses obligés. Il n’y a pas pire que d’avoir un deal avec les Serbes, mais je n’avais pas eu le choix. Il me fallait payer ou apprendre à nager avec des chaussures en ciment. Alors je me suis endetté pour payer mes dettes de jeu. Un jeu de con, j’en conviens. Reculer pour mieux chuter. Et là, j’étais au pied du mur, au bord de la falaise. Trouille ou pas, il fallait que j’aille jusqu’au bout.
La communauté autonome d'Andalousie est située au sud de la péninsule Ibérique. Son littoral est baigné par la mer Méditerranée et l'océan Atlantique. Elle est entourée, au nord, par les communautés d'Estrémadure et de Castille-La Manche ; à l'est, par la communauté de Murcie et la mer Méditerranée ; au sud, par la mer Méditerranée et l'Océan Atlantique ; à l'ouest, par le Portugal. Le relief de cette communauté autonome est particulièrement varié. Nous trouvons des montagnes dans certaines régions et des plaines dans d'autres. On distingue trois régions : la sierra Morena au nord ; la dépression du Guadalquivir au centre ; les cordillères Bétiques, au sud. Les deux zones montagneuses les plus importantes sont la cordillère Subbétique, avec le massif de La Sagra, dont le sommet atteint 2383 mètres de hauteur et la cordillère Pénibétique. Nous trouvons le pic le plus haut de la péninsule Ibérique dans la sierra Nevada. Il s'agit du Mulhacén, d'une hauteur de 3481 mètres. Il précède le pic du Veleta, haut de 3392 mètres. Les cours d'eau andalous qui se jettent dans la Méditerranée sont courts et de peu de débit. Nous retiendrons en particulier l'Almanzora, l'Almeria, l'Adra, le Guadalfeo, le Guadalhore et le Guadiaro. En revanche, les cours d'eau qui se jettent dans l'Atlantique sont de plus grande envergure et de plus grand débit. Le plus important d'entre eux est le Guadalquivir. Ses affluents sont le Guadalimar, le Guadiana Menor et le Genil. Le Guadiana, l'Odiel et le Tinto se jettent également dans l'Atlantique. Le long du vaste littoral de l'Andalousie, les baies et les criques succèdent aux zones abruptes et rocheuses situées à proximité des cordillères Bétiques. Le long de ses côtes, les points les plus accidentés sont : la pointe du Farallón, la pointe Polacra, le cap de Gata, le golfe d'Almeria, la pointe des Entinas, la baie d'Adra, le cap Sacratif, la baie de Málaga et la pointe de Calaburras. La pointe de l'Europe est située à l'extrémité du promontoire de Gibraltar ; là commence le littoral espagnol, le long du détroit de Gibraltar, allant jusqu'au cap Trafalgar. Les points les plus accidentés le long de ce détroit sont la baie d'Algésiras et la pointe du Maroc, ou de Tarifa.

Je suis arrivé à Gibraltar avec la tombée de la nuit et je me suis dirigé vers le port. J’ai garé mon vieux Combi face à la mer. De l’autre côté du détroit, sur un fond de nuit délavée, les lumières de Tanger commençaient de briller.
Au petit matin, j’ai abandonné mon minibus sur le parking et j’ai pris le bateau. Les passagers du ferry formaient une foule hétéroclite. Il y avait là des familles de touristes qui partaient sans doute pour l’un des innombrables hôtels-clubs de la côte marocaine. Dans un jardin agréablement fleuri, vous apprécierez tout le charme, la chaleur et l'ambiance du Maroc. Vous pourrez aller à votre rythme, du farniente aux excursions, des animations à la douceur de vivre. À 12 km du Nord de Marrakech l’hôtel club se situe dans le cadre enchanteur d'une magnifique palmeraie. Il y avait là aussi des maghrébins qui faisaient leur retour annuel au bled, des noirs africains qui convoyaient de grosses berlines à bout de souffle et qui se préparaient à descendre dans le sud de la Mauritanie ou du Mali où ils les revendraient. Quelques hommes d’affaires espagnols partaient pour la journée à Tanger. Des routards à sac à dos et chaussures de marche partaient pour un trek dans l’Atlas. J’espérais me fondre parmi ceux-là.
J’ai débarqué sur le port de Tanger après quarante-cinq minutes de traversée. Quarante-cinq minutes : à peine le temps de se faire à l’idée de changer de monde. Je suis resté dans les environs de la zone portuaire pendant une bonne heure sans savoir dans quelle direction partir. J’ai finalement remonté la rue de la Marine et je me suis retrouvé devant la Grande Mosquée. J’ai traîné ensuite au hasard des venelles de la casbah. J’ai cherché toute la journée sans savoir à qui m’adresser, sans savoir où aller. C’est du côté du Grand Souk, situé à l’extérieur de la vieille ville, que j’ai trouvé ce pour quoi j’étais venu. L’affaire s’est faite dans l’arrière-boutique d’un épicier, en quelques minutes à peine.
Il était tard. Je suis retourné au port où j’ai acheté un billet de bateau pour le lendemain. Agrippé à mon sac à dos, j’ai attendu, roulé en boule sur un siège du salon de l'agence de la compagnie des ferries, sans pouvoir trouver le sommeil. À travers les fenêtres du salon d’attente, j’ai regardé le soleil qui descendait lentement vers l’horizon, espérant le jour à venir comme la délivrance.
À Tanger, deux caps permettent d’assister à de magnifiques levers et couchers du soleil. De parfaites occasions pour faire des promenades zen et romantiques. Le cap Spartel est l'endroit idéal pour admirer le coucher de soleil sur l’océan Atlantique, à environ 12 km de Tanger. Sur le chemin qui y conduit se trouvent les grottes d’Hercule. D’après la légende, ce serait là que ce demi-dieu de la mythologie grecque se serait reposé après avoir creusé le détroit de Gibraltar. Ces grottes sont envahies par l’eau à marée haute. Leur ouverture ressemble à une carte de l’Afrique inversée. À 500 m des grottes, un site romain a également été restauré. Il s’agit de l’ancienne ville de Cotta, dont il subsiste notamment les ruines d’un temple et celles de thermes. Le Cap Spartel est couvert d’une belle végétation de chênes-lièges, de genêts et d’eucalyptus. Il accueille un joli phare construit en 1865. Le cap Malabata, quant à lui, est l’endroit rêvé pour assister au lever de soleil sur la mer Méditerranée, à 10 km de Tanger. La route menant au phare du Cap Malabata, bordée de petites criques et de plages de sable désertes, réserve des vues somptueuses sur le détroit de Gibraltar et sur les côtes espagnoles. Arrivé au phare, un panorama splendide sur la ville et sur la baie de Tanger attend le voyageur. Plus loin sur la même la route, se trouve Ksar Es-Seghir, un petit port de pêche où se tient le samedi un souk animé et coloré. Non loin, une belle plage de sable s’offre aux promeneurs. À Tanger, la mer rencontre l’océan et le soleil, pour un trio magique.

Au petit matin, alors que le soleil n’était pas encore levé, j’ai embarqué sur le premier bateau au départ et j’ai quitté le port de Tanger avec le sentiment d’avoir échappé au pire. J’ai regardé la rive s’éloigner en me promettant de revenir, un jour. J’avais dans mon sac de quoi solder mes comptes avec la bande à Zlatko. Il me resterait de quoi recommencer, une fois tout refourgué ; de quoi faire la culbute à nouveau, mais pour ma pomme cette fois-ci.
J’étais pressé d’arriver de l’autre côté et il m’a semblé que la traversée durait une éternité. Gibraltar m’est apparue dans le soleil levant, son rocher baigné de lumière orangée et j’ai commencé à me détendre enfin. Le plus difficile était derrière. Le passage à la douane marocaine s’était révélé plus facile que prévu. Ils n’avaient même pas regardé dans mon sac à dos. À peine avaient-ils pris le temps de vérifier mon passeport. J’avais pris soin de me glisser de nouveau dans un groupe de marcheurs, des hollandais qui allaient ensuite remonter les côtes portugaises. Lors d’un itinéraire passant par les plus beaux monuments, ils avaient retenu entre autres, le monastère d’Alcobaça, grand exemple gothique et le style manuélin de Batalha. Le baroque prédomine au nord, mais ils n’allaient pas manquer tout de même le Palais et le Couvent de Mafra, près de Lisbonne, ni les azulejos bleus et blancs que l’on peut voir dans tout le pays. Pour le doux bruit de la nature, ils prévoyaient des promenades à pieds ou à bicyclette dans quelques parcs naturels.

C’est en débarquant que j’ai compris que les douaniers marocains n’avaient fait que me laisser passer pour que leurs homologues britanniques puissent m’alpaguer de l’autre côté du détroit. C’était un accord tacite entre les deux pays. Ça évitait les rapatriements coûteux et les procédures internationales problématiques. Parfois, les douaniers marocains en coinçaient un de leur côté et médiatisaient l’affaire pour calmer les ardeurs des guignols dans mon genre qui venaient tenter leur chance.
Quand je les ai vus au bas de la passerelle, j’ai tout de suite compris. J’ai senti l’angoisse monter en moi, prendre possession de chacune des cellules de mon corps. Sans réfléchir, j’ai enjambé la main courante et j'ai sauté dans la bande d’eau grasse et diaprée du port, quinze mètres plus bas. Il y avait à peine le passage d’un homme entre le quai et le bateau, et j’ai bien cru m’éclater le crane. À quatre mètres sous la surface de l’eau, dès que j’ai récupéré du choc, je me suis débarrassé de mon sac. J’ai regagné la surface à bout de souffle. Six mètres au-dessus, depuis le quai, les douaniers braquaient leurs armes sur moi.
Tout près, le sac à dos flottait. Si seulement j’avais pensé à le lester d’une pierre. À l’intérieur, il y avait mon avenir. Une longue attente, entre deux mondes, pas vraiment l’Afrique, pas non plus l’Europe, juste entre les deux, à la frontière. Et pour longtemps sans doute.
10,8 m2 pour la plus petite des cellules, 12,36 m2 pour la plus grande. Faute de place dans la prison, l’espace est toujours partagé entre trois, plus souvent quatre et voire même cinq codétenus (soit 4 m2 par personne dans le meilleur des cas, quand les textes en prévoient 9 au minimum, et des cellules individuelles). Entassés entre un WC sans cloison ni ventilation, trois lits, des matelas qu’il faut installer au soir et remiser au matin et un coin cuisine, les détenus de la prison de Gibraltar doivent supporter la promiscuité, le manque d'hygiène et d'intimité.

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Posté par Les 7 mains à 09:00:00 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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Commentaires sur Mauvais trip

    Profanation

    Y a plus rien de sacré !

    Voilà bien résumé par un spécialiste du scénario pour écran plat le calvaire de l'écriture d'un thriller qui a pour destin celui de faire valoir des pages publicitaires, et se retrouve chargé d'interrompre par instant le flux inexorable et abrutissant de la pub.

    Qui interrompt qui ? Est-ce le flux de la fiction qui interrompt le flux de la publicité ou le flux de la publicité qui interrompt le flux de la fiction ?

    Ce petit jeu d'écriture est une démonstration magistrale du monstre qu'est devenu l'univers fictionnel télévisuel.

    Je remercie l'auteur d'avoir utilisé la mise en forme italique pour les passages de dépliant touristique. J'ai pu les lire en pilotage automatique, en zig zag, comme je zappe les pages de pub.

    J'ai par contre bien aimé la chute de l'épisode en forme de petit dépliant sur les cellules de la prison de Gibraltar.

    Merci Jean-Claude Lalumière pour cette fiction, édifiant rappel à la réalité.

    Au prochain feuilleton dominical. Narval

    Posté par Narval, dimanche 8 mars 2009 à 09:41:14 | | Répondre
  • en réponse à Narval

    Je prends enfin quelques minutes pour répondre aux différents commentaires laissés par les lecteurs des textes que je livre chaque dimanche, et votre fidélité, votre régularité - pas seulement avec moi d'ailleurs mais avec toutes les mains de ce blog - me poussent à commencer par vous, cher Narval.
    Espérons simplement que ce que j'ai fais dans ce "Mauvais Trip" restera du domaine de la fiction et que la publicité ne viendra pas se glisser dans la littérature comme elle l'a fait dans le cinéma, donnant lieu ainsi à des dialogues incongrus dans le meilleur des cas, frisant le ridicule le plus souvent.

    Posté par JCL, lundi 9 mars 2009 à 11:05:00 | | Répondre
  • Bon Trip pour tripes en manque de prise.

    Votre à propos est séduisant dans le silence lourd et grognard des malheureux auteurs découpés à chaque minute de diffusion qui passe sous nos yeux ou en leur absence.

    Je ne déplore, pas comme vous semblez le faire par ailleurs, la longueur de ce mauvais trip, d'abord parce qu'il me rappelle certains chiens et certains douaniers lors de certains de mes retours d'Afrique et d'Orient dont je sens encore le souffle dans ma nuque et les mains sur mes intimités, la tension stomacale proche d'un insurmontable, presque comparable à celle que provoque le manque de la substance contenue dans l'objet sur soi dissimulé, et secondo parce que la longueur des inserts dépliants est source d'un énervement accompagnateur de la lecture bien nécessaire à la démonstration.

    A plus. JCL. Signé N.

    Posté par Narval, lundi 9 mars 2009 à 13:19:34 | | Répondre
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