vendredi 27 février 2009

Chroniques d'un super-héros, 2

Fabrice_mini

Grâce à mon exploit, cette journée a pris une touche extraordinaire. De 9h12, heure où ma phrase a retenti au cœur de la capitale, déchirant l’espace-temps, y semant une trace indélébile, à 17h45, horaire de mon départ, j’ai eu le sentiment de vivre une épopée, des heures intenses et épiques, chargées d’électricité. Tout allait sur des roulettes, le banquier était aimable au téléphone, le Trésor Public s’excusait, les fournisseurs acceptaient un délai… Un monde en or. Mon attitude suscitait des questions, des interrogations et, par-dessus tout, une insatiable curiosité : les collègues des étages supérieurs trouvaient tous les prétextes pour me visiter. Ils avaient tous une facture, une note de frais à m’apporter… Durant quelques minutes, jetant un regard interrogateur à ma voisine, prostrée devant son écran, avachie comme une petite vieille avec son tricot sur les genoux, ils avaient tout loisir de m’observer. Fou ? Pas fou ? Qui sait… J’avais peut-être contracté un virus rare, un machin foudroyant de l’espace qui attaquerait tout l’immeuble - il fallait se protéger, on ne sait jamais.
Munie d’un téléphone portable, Madame Humbert a fait de fréquents séjours aux toilettes d’où, j’ai pu l’entendre, elle a appelé à plusieurs reprises son mari, Georges Humbert en personne, le dérangeant alors qu’il vendait un cercueil de luxe, pour se plaindre de la situation. « Tu te rends compte, voilà qu’il me donne des ordres… Manquerait plus qu’il se prenne pour le chef… » Chef. Ne l’étais-je pas, après tout ?
Oui, c’était bien une journée extraordinaire, une belle journée d’avril, lumineuse à souhaits, prélude à ma nouvelle vie.
Je me suis senti transformé en montant dans le RER, à Gare du Nord. J’étais en pleine forme, tout le monde me remarquait, on s’écartait sur mon passage. Un jeune rappeur aux airs de tueur a spontanément ôté ses pieds du siège pour me laisser m’asseoir. Il sentait d’instinct, comme tous les autres passagers, que ce type à l’air anodin - c’est-à-dire moi -, n’était pas du genre à se laisser démonter. Il ne faut jamais se fier aux apparences…
L’air me paraissait léger quand j’ai quitté la gare et pris le chemin de mon domicile. Les mères de famille étaient sexy, les jeunes femmes ressemblaient à des déesses et n’avaient d’yeux que pour moi (là, j’exagère). J’ai poussé la porte de mon appartement avec allégresse et, après m’être servi un verre de Porto, j’ai glissé un CD de Led Zeppelin dans mon lecteur. Ce geste, allié à une boisson alcoolisée prise en solitaire, constituait un événement planétaire, mais je n’en ai pas analysé la portée sur l’instant. Je ne manquerai pas de vous l’expliquer, il va de soi.
Les heures ont glissé avec une remarquable douceur ; la lumière déclinait lentement et autorisait l’hémisphère nord, qui avait bien fait son boulot aujourd’hui, à plonger dans les bras de Morphée.
J’ai débarrassé la table, mis un peu d’ordre dans le salon et entamé les préparatifs du coucher. Après une journée si intense, je n’avais pas volé mes huit heures de sommeil. J’ai enfilé mon pyjama, me suis brossé les dents avec un nouveau dentifrice parfumé à ma camomille et me suis mis au lit. J’étais sur le point d’éteindre ma lampe de chevet lorsqu’une crise d’angoisse m’a saisi ; j’ai senti une plaque de sueur glacée venant des pôles se coller sur mes omoplates : nous étions mardi, il était 23h00. HOR-REUR ! « Mardi » et « 23h00 » sont des paramètres insignifiants pour beaucoup d’habitants de cette planète. Pas pour moi. Dans ce temple du bruit subi que représente mon immeuble, construit par un pseudo architecte, un être vil, égoïste et irresponsable, au début des années soixante, on entend tout (vraiment tout). Ce « tout », en ce qui me concerne, est constitué par les sons de nature aquatique diffusés par Monsieur et Madame Chapuis, mes voisins du dessus.

(…) A suivre

7_rouge_vif

Posté par Les 7 mains à 09:00:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires sur Chroniques d'un super-héros, 2

    Suspendu.

    J'aime vraiment bien ce rien d'un quotidien en attente d'un fantastique.

    Tout de suite la suite, non, mais je peux supporter l'attente de vendredi prochain grâce au 6 autres Mains.

    Narval l'impatient qui sait se tenir.

    Posté par Narval, vendredi 27 février 2009 à 12:12:37 | | Répondre
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